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Centenaire Albert Camus : hommage à la Postérité du Soleil

Publié le 7 novembre 2013 à 11:57 par RAGEMAG  | 6

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Si l’on connaît sans mal l’amitié qui unissait René Char et Albert Camus, on oublie trop souvent le témoignage littéraire qui a immortalisé cette relation, illustré par les photographies d’Henriette Grindat. La Postérité du Soleil est une promenade dans un paysage cher à l’écrivain, celui du Lubéron. Suivant un itinéraire proposé par Char, le trio discute, compose, crée, saisit l’instant, rencontrant tour à tour la nature et les hommes. Pour redécouvrir cette oeuvre méconnue, nous vous proposons un hommage, pour le centenaire de la naissance de l’auteur, rappelant cette alliance de mots et d’images : nous avons sélectionné des citations de Camus et demandé à des dessinateurs de nous livrer une interprétation personnelle et originale de l’homme et de son œuvre.

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Par Emmanuel Prost.

« Mon rôle, je le reconnais, n’est pas de transformer le monde ni l’homme : je n’ai pas assez de vertus, ni de lumière pour cela. Mais il est, peut-être, de servir, à ma place, les quelques valeurs sans lesquelles un monde, même transformé, ne vaut pas la peine d’être vécu, sans lesquelles un homme, même nouveau, ne vaudra pas d’être respecté. » — Actuelles I

« Caligula », par Loïc Locatelli Kournswky.

« Je vous écris d’une ville célèbre dans l’univers et qui prépare contre vous un lendemain de liberté. Elle sait que cela n’est pas facile et qu’il lui faut auparavant traverser une nuit encore plus obscure que celle qui commença, il y a quatre ans, avec votre venue. Je vous écris d’une ville privée de tout, sans lumière et sans feu, affamée, mais toujours pas réduite. » — Lettres à un ami allemand

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Par Enrique Flores.

« Devant ces contradictions et ces obscurités, faut-il croire qu’il n’y a aucun rapport entre l’opinion qu’on peut avoir sur la vie et le geste qu’on fait pour la quitter ? N’exagérons rien dans ce sens. Dans l’attachement d’un homme à sa vie, il y a quelque chose de plus fort que toutes les misères du monde. Le jugement du corps vaut bien celui de l’esprit et le corps recule devant l’anéantissement. Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. » — Le mythe de Sisyphe

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« Misère en Kabylie », par Hélène Aldeguer.

« Les cris montèrent peu à peu et lorsqu’ils se confondirent dans un hurlement collectif, le chef, les yeux toujours levés, poussa lui-même une longue clameur à peine phrasée, au sommet du souffle, et où les mêmes mots revenaient. « Tu vois, souffla le coq, il dit qu’il est le champ de bataille du dieu. » — L’exil et le Royaume

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« Misère en Kabylie », par Hélène Aldeguer.

« Les hommes ne se ressemblent pas, il est vrai, et je sais quelle profondeur de traditions me sépare d’un Africain ou d’un musulman. Mais je sais bien aussi ce qui m’unit à eux et qu’il est quelque chose en chacun d’eux que je ne puis mépriser sans me ravaler moi-même. » — Actuelles I

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Par Native Maqari.

« Un jour viendra où une poignée de militaires et d’industriels peut dire « nous » en parlant de Molière et de Voltaire ou imprimer en les défigurant les oeuvres du poète qu’ils ont préalablement fusillé. » — Actuelles II

La Casbah d’Alger, vue par Native Maqari.

« Je laisse Sysiphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » — Le mythe de Sisyphe

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Le port d’Alger, vu par Emmanuel Prost.

« Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l’action. Cela s’appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux. Mais pour un coeur fier, il ne peut y avoir de milieu. Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée. » — Le mythe de Sisyphe

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Par Emmanuel Prost.

« Le temps des artistes irresponsables est passé. Nous le regretterons pour nos petits bonheurs. Mais nous saurons reconnaître que cette épreuve sert en même temps nos chances d’authenticité, et nous accepterons le défi. La liberté de l’art ne vaut pas cher quand elle n’a d’autre sens que d’assurer le confort de l’artiste. » — Discours de Suède

Maria Casarès, par Nicolas Blind.

« Nous savons, en effet, que le salut des hommes est peut-être impossible, mais nous disons que ce n’est pas une raison pour cesser de le tenter et nous disons surtout qu’il n’est pas permis de le dire impossible avant d’avoir fait une bonne fois ce qu’il fallait pour démontrer qu’il ne l’était pas. » — Actuelles I

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Sartre, par Zacharie Marignel.

« Il est plus facile de monter à l’assaut du ciel que d’attaquer les petites divinités à la mode. » — Actuelles II

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Par Loïc Guyon.

« Paris se bat aujourd’hui pour que la France puisse parler demain. » — Actuelles I

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« Noces à Tipasa », par Zéphir.

« On ne vit pas que de lutte et de haine. On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l’histoire  et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle. » — Actuelles I

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Par Maya Mihindou.

« On n’a pas le mérite de sa naissance, on a celui de ses actions. » — Actuelles I

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Par Emmanuel Prost.

« On s’étonnerait en vain du paradoxe apparent qui mène la pensée à sa propre négation par les voies opposées de la raison humiliée et de la raison triomphante. Du dieu abstrait d’Husserl au dieu fulgurant de Kierkegaard, la distance n’est pas si grande. La raison et l’irrationnel mènent à la même prédication. C’est qu’en vérité le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout. » — Le mythe de Sisyphe

« Toutes les parties – presque excessives -
d’une présence se sont d’un coup disloquées. »
— René Char, L’éternité à Lourmarin

Albert Camus’s 100th Anniversary: quotes and drawings

Today, Albert Camus would have been 100 years old. The french author and philosopher wrote a book with his close friend René Char and the photographer Henriette Grindat named La Postérité du Soleil: a wonderful mix between poetry and photography, walks in the countryside and thoughts. As a modern tribute to this work, we asked artists to give us their vision of Albert Camus and his universe. Here is the result.

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Par Emmanuel Prost.

“My assignment, I admit it, isn’t to transform the world and the man: I don’t have enough vertues, nor enough light for that. But it is, maybe, to serve, within my place, some values without which a world, even tranformed, isn’t worth living, without which, a man, even new, won’t be deserved to be respected.” — Actuelles I

“Caligula”, par Loïc Locatelli Kournswki.

“I am writing you from a city known throughout the world which is now preparing against you a celebration of freedom. Our city knows this is not easy and that first it will have to live through an even darker night than the one that began, four years ago, with your coming. I am writing you from a city deprived of every-thing, devoid of light and devoid of heat, starved, and still not crushed.” — Lettres à un ami allemand

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Par Enrique Flores.

“In the face of such contradictions and obscurities must we conclude that there is no relationship between the opinion one has about life and the act one commits to leave it? Let us not exaggerate in this direction. In a man’s attachment to life there is something stronger than all the ills in the world. The body’s judgment is as good as the mind’s, and the body shrinks from annihilation. We get into the habit of living before acquiring the habit of thinking.” — Le mythe de Sysiphe

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“Misère en Kabylie”, par Hélène Aldeguer.

“One can’t be credited for his birth, one can be credited for his actions.” — Actuelles I

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“Misère en Kabylie”, par Hélène Aldeguer.

“People aren’t the same, it’s true, and I know how deep runs the traditions’ divide between me and an african or a muslim. But I do know what unifies me to them as well, and that there is something in each of them that I can’t despise without disregarding my self.” — Actuelles I

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Par Native Maqari.

“One day will come where a handful of soldiers and industrialists can say “us” speaking of Molière and Voltaire or, while disfiguring them, print the works of the poets they have previously shot.” — Actuelles II

La Casbah d’Alger, vue par Native Maqari.

“We don’t live only through fight and hate. We don’t always die weapons in hands. There is history and there is something else, the simple happiness, the passion of the others, the natural beauty” — Actuelles I

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Le port d’Alger, vu par Emmanuel Prost

“Without culture, and the relative freedom it supposes, the society, even perfect, is only a jungle. This is why all authentic creation is a gift to the future” — Actuelles II

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Par Emmanuel Prost

“Indeed do we know that the salvation of men may be impossible, but we say that this is no reason to spot trying it and especially, we say that it’s not allowed to declare it impossible before having maid once and for all what was to be done in order to demonstrate that it wasn’t.” — Actuelles II

Maria Casarès, par Nicolas Blind

“I leave Sisyphus at the foot of the mountain! One always finds one’s burden again. But Sisyphus teaches the higher fidelity that negates the gods and raises rocks. He too concludes that all is well. This universe henceforth without a master seems to him neither sterile nor futile. Each atom of that stone, each mineral flake of that night filled mountain, in itself forms a world. The struggle itself toward the heights is enough to fill a man’s heart. One must imagine Sisyphus happy.” — Le Mythe de Sysiphe

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Sartre, par Zacharie Marignel

“There always comes a time when one must choose between contemplation and action. This is called becoming a man.” — Le Mythe de Sysiphe

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Par Loïc Guyon.

“It is easier to fight for Heaven than to strike little fashion deities” — Actuelles II

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“Noces à Tipasa”, par Zéphir.

“The artist forges himself to the others, midway between the beauty he cannot do without and the community he cannot tear himself away from. That is why true artists scorn nothing: they are obliged to understand rather than to judge. And if they have to take sides in this world, they can perhaps side only with that society in which, according to Nietzsche’s great words, not the judge but the creator will rule, whether he be a worker or an intellectual.” — Banquet Speech

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Par Maya Mihindou.

“From the abstract God of Husserl to the dazzling god of Kierkegaard the distance is not so great. Reason and the irrational lead to the same preaching.” — Le mythe de Sysiphe

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Par Emmanuel Prost.

“The aim of art, the aim of a life can only be to increase the sum of freedom and responsibility to be found in every man and in the world. It cannot, under any circumstances, be to reduce or suppress that freedom, even temporarily.” — L’artiste et son temps

« All the parts of a presence, almost excessive, are suddenly dislocated. »
— René Char, L’éternité à Lourmarin

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À propos de l'auteur

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6 réponses à Centenaire Albert Camus : hommage à la Postérité du Soleil

  1. Je l’ai toujours senti si près de moi,on dirait que je l’ai connu dans une autre vie .

  2. Edouard Carré

    Cela fait tellement de bien de relire ces quelques citations. Bravo aussi pour les illustrations. Donc merci.

  3. penser a la manière d’un homme révolté, aussi dur soit elle la réalité, son passage était comme un éclaire qui nos as éclairé!

  4. Jaclac

    Superbe, en effet !

  5. Annaba

    un superbe”phare” de la vie, la vérité et la justice. Merci Camus, merci et merci ! Tu es vivant !

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