David Banner : « Dans le Mississippi, la misère est devenue un mode de vie. »

Publié le 25 octobre 2013 à 17:54 par Julien Cadot et Arthur Scheuer | 1

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David Banner est un homme tout autant perturbant que surprenant. En insistant très nettement sur sa différence en tant qu’homme et en tant qu’artiste, il nous ballade entre réflexion sur le hip hop, la violence, l’art dans sa globalité ou encore la misère de l’État qui l’a vu naître — Le Mississippi. Pour autant, ne vous attendez pas à relire une énième fois les poncifs rebattus par les stars en manque de caution morale. Banner vous dira que la seule raison d’être du musicien, c’est de faire de la bonne musique. C’est Lavell Adrian Crump, l’homme derrière le pseudonyme inspiré de l’Incroyable Hulk, qui s’est engagé politiquement et a fait de la lutte contre la pauvreté son seul crédo — car, soutient-il, c’est aux hommes, et non aux artistes, de faire le bien. 

Les rappeurs Américains semblent ne jamais se lasser de raconter leur way of life. Comment expliques-tu ce besoin ?

Je ne sais pas si je peux te parler de ça. Beaucoup de morceaux que j’aime écouter expriment véritablement une façon de vivre. Le rap a très bien fait cela. Cela dit, les gens ont une image faussée des États-Unis, pas entièrement fausse, mais en grande partie : il fallait donc montrer ce que c’était que la véritable culture américaine.

Rap et jeu vidéo : le rendez-vous manqué

Parmi les grands rendez-vous foirés de l’histoire figurent en bonne position ceux du rap et du jeu vidéo. Ce ne sont pourtant pas les points communs qui manquent : tous deux se sont développés à la croisée des années 1970 / 1980 et ont depuis leurs balbutiements, essuyé un feu nourri de critiques, caricatures et autres poncifs en tous genres visant à les réduire à des cultures de seconde zone — à quand une étude croisée prouvant que rap et jeu vidéo sont à l’origine de tous les maux de la société ? Bouc-émissaires préférés des oligarchies et des corporatismes, rap et jeu vidéo n’ont que trop rarement jumelé leur flow pour clasher leurs détracteurs.

Le Carl Johnson de GTA San Andreas, dont l’apparence n’est pas sans rappeler Tupac Shakur, doit aujourd’hui encore se sentir un peu seul. PaRappa the Rapper (jeu de rythme à l’esthétique cartoon), Jet Set Radio (simulation de graff en environnement urbain), DJ Hero (qui distille quelques samples hip hop) : voilà à quelques nuances près les seuls featurings rap / jeu video que nos mémoires ont retenu. Quid des 50 Cent (Bulletproof, Blood on the Sand) ? On ne peut pas dire que ces jeux d’action répétitifs et sans véritable direction artistique brillent par leurs qualités.

À bien y réfléchir, les connexions entre les deux cultures demeurent plus périphériques qu’autre chose : Ice Cube qui s’essaye au doublage pour Call of Duty : Black Ops 2. 50 Cent, encore lui, qui prête sa voix dans Modern Warfare 2. Un son d’Eminem pour habiller le trailer du même jeu, etc. « J’suis Super Mario, t’es Luigi, Luigi » scandait Booba dans Jimmy Deux Fois. Une manière de dire que c’est davantage le rap qui s’investit dans le jeu vidéo que l’inverse ?

Baptiste Peyron

Selon toi, en tant que producteur, est-ce que la surproductivité qu’il y a dans le rap US est un frein à l’émergence d’une vraie originalité ?

Je ne pense pas que ce soit mon rôle de me positionner sur ces questions. Tu sais, ce n’est pas un problème pour la musique qu’il y ait beaucoup d’artistes. En revanche, je crois qu’il devrait y avoir un certain niveau d’exigence pour se prétendre musicien. Faire un morceau au hasard, ce n’est pas faire de l’art. Faire de l’art, c’est faire quelque chose que l’homme moyen ne peut pas faire. Plus c’est complexe, plus c’est difficile, plus il faut encourager l’émergence de cet art. J’ai dit que ce n’était pas à moi de le dire, parce que ça pourrait être pris comme quelque chose de bloquant pour ceux qui veulent faire de l’art. La seule chose que je peux dire, c’est qu’il faut qu’il y ait un certain niveau de complexité et que les groupes et les artistes seuls puissent accéder à un certain niveau de compétence avant de prétendre faire de la musique.

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David Banner, le Mississippi dans l’âme.

Tu as collaboré avec Lil Wayne à plusieurs reprises, le considères-tu comme il le dit, le best rapper alive ?

Eh bien… Je pense à nouveau que ce n’est pas à moi de le dire. Parler des autres rappeurs, ce n’est pas à moi de le faire : j’ai des opinions personnelles, je sais qui j’apprécie et qui j’écoute, mais je pense que ce n’est pas à moi de répondre à cette question.

Quel lien fais-tu entre le rap, les jeux-vidéo et le cinéma ?

Je pense que ce que l’Amérique ne comprend pas, c’est que des comportements déviants sont en train de frapper la colonne vertébrale de ce pays. Si vous regardez aujourd’hui, la plupart des jeux vidéo sont violents et demandent beaucoup de musique : pas que du rap, des morceaux agressifs. Et tu te demandes après pourquoi les gosses sont violents, pourquoi les gosses deviennent fous alors que tu leur files de la musique violente, de la télé violente. Je ne parle pas que du rap : les gens condamnent toujours le rap parce que les Noirs sont beaucoup impliqués dans le rap. Mais si tu regardes la télévision américaine, c’est 10 000 fois pire qu’un morceau de rap : ça ne donne pas aux gens que de la musique, mais aussi des images. Donc si on regarde comment tous ces médias sont connectés et qu’on repense au comportement des jeunes, on ne peut que condamner véritablement certains américains qui mettent en avant cette télévision et ces jeux vidéo. Qu’on soit clair : je ne veux pas que l’on puisse interdire d’acheter quoi que ce soit aux Etats-Unis. Je pense que personne ne peut prendre la décision de t’empêcher de voir quelqu’un agressé physiquement ou verbalement, c’est toi qui fais tes choix. Mais je pense que nous avons un certain niveau de responsabilité en tant qu’adultes. Je ne pense pas que beaucoup de monde aux USA ait compris cela.

« Sexe, drogues et violence : vous vous attendiez à quoi ? »

Du coup, ta dernière mixtape, en téléchargement gratuit, qui s’intitule Sex, drugs and video games, pour toi ce sont trois façons de se mentir ?

Sex drugs and video games, le titre de l’album, c’est exactement ce dont on vient de parler, oui. Cet album pose précisément la question de la responsabilité. Sexe, drogues et violence : sérieusement, vous vous attendiez à quoi ? Le titre n’a rien à voir avec ma façon de vivre, mais plutôt avec la manière dont l’Amérique oublie de poser de vraies questions à l’industrie du divertissement. Après, quand des gamins font des conneries, l’Amérique ne prend jamais ses responsabilités et ne passe jamais à l’acte.

Tu es parti d’un univers très blues pour aller vers quelque chose de beaucoup plus électro. Pourquoi ?

Oh non, vraiment, écoutez mieux ma musique. Moi, je suis un producteur. C’est la différence entre moi et beaucoup d’artistes. Si vous écoutez par exemple Kanye West, Dr. Dre ou d’autres personnes qui font leurs propres beats, vous entendrez leur musique. Moi, je supervise, tu sais, je produis pour Justin Bieber, pour Chris Brown, je fais de la musique country, des bandes-originales de films. Ma musique sera toujours diverse. En fait, je n’ai jamais changé parce que je n’ai jamais fait qu’un seul type de musique. Il y a presque 7 ans, j’ai déjà fait de l’électro avec un beat de hip-hop. Les gens ne pensent pas toujours au genre quand ils écoutent de la musique, ils la prennent comme elle est. J’ai toujours varié ma musique.

Born on the Bayou

En 1915, le triomphal Naissance d’une nation, de D.W. Griffith, peignait le portrait raciste et suprématiste d’un Sud ruiné et déshonoré au sortir de la Guerre de Sécession, auquel seul le Ku Klux Klan pouvait rendre sa superbe. Dans les marécages d’un bayou de pacotille surplombé par le soleil, les cagoules blanches lynchent le Noir, également de pacotille : c’est un acteur blanc, Walter Long, portant la blackface, teint charbonneux et grosses lèvres, qui interprète Gus, la victime du Klan. Dans le Hollywood pré-classique, ce « visage noir » était un moyen (comme un autre) d’exclure les acteurs Afro-Américains des plateaux, et d’en représenter sur l’écran une caricature déshumanisée.

Esbroufe, racisme et canicule : s’il forme un genre – ce qui est discutable – le cinéma Sudiste est imprégné de ces trois ingrédients. La nostalgie d’une époque révolue (le Sud, empire du coton) accouche de stéréotypes tenaces, représentant la population noire comme servile, s’exprimant péniblement et dont le totem reste Autant en emporte le vent. Les brumes et les eaux boueuses du Mississippi sont des fantômes que les réalisateurs de films noirs utilisent : dans Dark Waters, André de Toth utilise la moiteur de la Louisiane pour donner une touche fantastique à son thriller. De lieu d’ambiance et de sensualité (dans Reflets dans un œil d’or, de John Huston, la moiteur du bayou fait monter la température en Taylor et Brando), on assimile ensuite les lieux aux rednecks, les « ploucs » nostalgiques d’une Amérique esclavagiste. Les meilleurs films sont ceux qui, au lieu de cracher sur cette populace, s’essaient à la farce sociale. Tobe Hopper implante si fort son Massacre à la Tronçonneuse sous le soleil de plomb d’un Texas désertique que le film est l’emblême définitif de la misère morale et économique d’un Sud abandonné et méprisé.

Plus récemment, des réalisateurs comme Jeff Nichols (Mud, Take Shelter), Benh Zeitlin (Les bêtes du sud sauvage) et David Gordon Green (Prince of Texas, Joe), tous originaires du Sud, reviennent sur la poésie malade qui hante ces lieux. Mais Katrina aussi est passé par là. Ses stigmates sont omniprésents, dans When the Levee Broke, le doc de Spike Lee sur les conséquences de l’ouragan, ou dans Treme, la série somme de David Simon (The Wire) ; dans L’étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher ; jusque Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier.

Farce ou grâce, ce qu’il ressort de ce corpus foisonnant est une certitude : le Sud est un formidable environnement  cinématographique.

Benoît Marchisio

En quoi les grandes figures du blues du Mississipi comme Howlin’ Wolf ou Little Waters ont influencé ta carrière et ta façon de faire de la musique ?

Je ne sais pas s’ils ont eu une réelle influence. Ce que je peux dire, c’est que le Mississippi est comme un tout : sa musique, sa politique, sa vie spirituelle a fait ce que je suis, pas juste une partie.

Est-ce que l’élection d’Obama a changé quoi que ce soit à la situation des Noirs pauvres dans le Mississippi ? A Jackson, ta ville natale, il y a encore des gens qui vivent dans des cabanes de fortune, non ?

Est-ce que je pense qu’Obama a changé quelque chose pour les pauvres et les Noirs au Mississippi ? Non, pas du tout.

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David Banner, leadership.

Tu peux développer ?

Il n’y a pas grand chose à développer : regardez les statistiques. Regardez les conditions de vie des gens dans le Mississippi. Cela répondra à toutes les questions. Ça ne sert à rien de faire dans l’émotion à ce sujet, il suffit de regarder les stats’, la vérité. Cela a toujours été difficile pour les Noirs dans le Mississippi et rien n’a changé. Du tout.

Et en 2005, tu as créé l’association Heal the Hood Foundation afin d’aider les victimes de l’ouragan Katrina. Quel rôle les artistes américains ont-ils à jouer dans la vie publique ?

Je pense que le rôle d’un artiste américain, c’est de faire de la bonne musique. Ce que je fais en politique, mon engagement social, tout ça, ça ne vient pas de l’artiste mais de l’homme que je suis. Voilà, par hasard, je suis en plus un rappeur. Je pense que les gens se trompent quand ils disent « les rappeurs doivent faire ceci, les rappeurs doivent faire cela ». Je pense que tu ne dois rien faire à part faire de la bonne musique. Mais si tu es une bonne personne, tu essaieras de faire le bien, que tu fasses de la musique ou non.

Est-ce que le métier de votre père a joué dans votre engagement ?

Oui, il a eu une grande influence sur ma vie. Il était pompier, cela m’a montré quelqu’un de discipliné, mais aussi ce qu’était un leader : il était capitaine de caserne. Il m’a appris à prendre les commandes. Son métier engageait des vies humaines, il devait protéger des gens du feu. Tout cela se retrouve dans ce que je fais.

Lorsque un Français pense aux États-Unis, il pense New York, Los Angeles ou San Francisco. Ici, beaucoup n’imaginent pas l’immense misère dans laquelle vivent certaines personnes au Mississippi. Pourrais-tu nous expliquer comment les gens du Mississippi acceptent de si grandes disparités sociales ?

Ce n’est pas vraiment ce que les gens croient. Le Mississippi n’est plus ce qu’il était. Les gens se méprennent, ce n’est plus le Mississippi de 1962, par exemple. Mais tu sais, aujourd’hui, les gens sont dans la misère depuis tellement longtemps qu’ils sont habitués. Ils n’y pensent même plus, c’est devenu un mode de vie. Évidemment, les gens dans le Mississippi ont beaucoup de problèmes, mais je ne pense pas qu’ils soient différents de ceux des autres personnes dans le monde. C’est la même misère pour les gens en Afrique du Sud, en Australie, bref, partout dans le monde. Dans toutes les villes, dans tous les pays, les pauvres ont une vie dure. Les gens pensent souvent faire du Mississippi un endroit à part, mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas différent du reste du monde. Quand vous avez le pouvoir, c’est pratique de désigner une région pour la comparer à d’autres régions où ça irait bien, mais la vérité, c’est que c’est pareil dans le monde entier.

Ces disparités sociales reflètent-elles encore grandement les disparités raciales d’il y a 100 ans ? Existe-t-il toujours une forme de ségrégation ?

Oh que oui. Bien sûr qu’il y en a encore. Et je pense même qu’elle n’est pas seulement limitée aux USA : elle est globale et il est important que les gens le sachent.

Avant de le quitter, nous lui avons demandé s’il pouvait écouter Booba et La Fouine pour nous dire qui était à son avis le maître du rap-jeu français. Il nous a répondu qu’il ne pouvait pas faire un commentaire à la va-vite, qu’il lui fallait prendre le temps de faire traduire les morceaux, de se poser et de formuler un avis construit et pédagogique. Professionnel jusqu’au bout.

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Mud.

Banner le dirty

Naître dans le sud des États-Unis n’empêche pas de baigner dans cette foutue marmite hip-hop. David Banner, comme ce balèze d’Obélix, a dû lui aussi tomber dans une immense cocotte remplie de références boom bap ou G-funk, alors qu’il n’était qu’un gamin de Jackson, la plus grosse ville du Mississippi. Mais c’est bien dans le rap sudiste que le bonhomme va s’affirmer aux côtés des pontes du genre et de deux génies nommés Big Boi et André 3000, car si le Dirty South regorge de genres, de sous-genres et de références plus ou moins appréciables, Outkast reste sans aucun doute le fil rouge d’une musique parfois embourbée dans des sonorités redondantes. Tout le contraire du duo d’Atlanta et de Banner. Avec une qualité de production extrêmement soignée et des voix reconnaissables entre mille, Banner et le légendaire groupe apportent une touche de créativité à un style de rap qui prend de plus en plus de place au sein de l’industrie hip-hop américaine.

Banner, c’est un flow tapageur au service d’instrumentales puissantes, où se mêlent festivités et noirceur. De Cadillac on 22’s à Like A Pimp, de Lil Wayne à 9th Wonder, Banner franchit les barrières musicales aussi facilement qu’il enchaîne les petits rôles à la télévision. Entre deux épisodes à fricoter avec le charismatique Vic Mackey et sa bande dans The Shield, David trouve le temps de produire de nombreux rappeurs et surtout sortir cinq albums en l’espace de huit ans. Ambiance crunk et blues, clips toujours bien ficelés, il pose sa pierre dirty à l’immense édifice sudiste. Loin des productions Outkastiennes ultra-léchées, loin du désormais traditionnel chopped and screwed, David Banner impose ses propres codes du genre avec un Dirty South où énormes basses peuvent largement cohabiter avec gros tacle à la gorge de George Bush et défense de la communauté noire américaine.  Celui qui s’est fait tatouer le nom de son état natal dans le dos, en défenseur d’une population et d’un rap sudiste largement mis de côté, avait d’ailleurs activement participé à la récolte d’argent après le passage de l’ouragan Katrina, en 2005. Dirty class.

Lamine Belharet

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Boîte noire

David Banner: “In Mississippi, poverty has become a way life.”

David Banner is as disruptive a man as he is surprising. Hammering home his difference as a man and an artist, he brings us on a tour through hip-hop, violence, art as a whole and poverty in his home state of Mississippi. But don’t expect to read just another pile of platitudes, of the type repeated over and over by celebrities seeking approval. Banner will tell you how a musician’s sole aim in life is to make good music. Here is Lavell Adrian Crump, the real name behind the pseudonym inspired by the Incredible Hulk, a man committed to politics who has made the fight against poverty his only credo – because, as he sustains, it’s up to men, not artists, to do good.

American rappers seem never to tire of telling their way of life. How do you explain that?

I don’t know if I can talk about that. Many pieces I love listening to truly express a way of life. Rap does it very well. But people still get a false image of the US – not totally false, but largely so. So, there was a need to show the real American culture.

Rap and video games : a missed opportunity

Among the greatest missed opportunities in history, that of rap and video games ranks at the top. Yet the two have many things in common: both developed at the crossroads of the 1970s and the 1980s and since their early beginnings they have been met with many criticisms, caricatures and other kinds of commonplace gossip whose goal is to reduce them to second-class cultures – why not a cross-over study proving that rap and video games are at the root of all the society’s evils? As they are the favorite scapegoats of oligarchies and corporatisms, only too rarely have rap and video games joined their flow to clash with their critics.

Carl Johnson from GTA San Andreas, who bears a striking resemblance to Tupac Shakur, must feel pretty lonely. PaRappa the Rapper (a cartoon-looking rhythm game), Jet Set Radio (a simulation game about graffiti set in an urban environment), DJ Hero (which features hip-hop samples): here are, more or less, the only collaborations between rap and video games that have left their mark on our memories. What about 50 Cent games (Bulletproof, Blood on the Sand)? The least we can say is that these repetitive action games which lack a true artistic direction do not excel in quality.

When you really think about it, the connections between the two cultures remain kind of peripheral: Ice Cube having a go at dubbing for Call of Duty: Black Ops 2; 50 Cent, him again, doing voice-overs for Modern Warfare 2. A tune by Eminem for the trailer of the same game… “I’m Super Mario, you’re Luigi, Luigi” french rapper Booba chanted in Jimmy Deux Fois. A way of saying that rap gets involved in video games, instead of the other way round?

Baptiste Peyron

In your opinion, as a producer, does over-productiveness in American rap act as an obstacle for true creativity?

I don’t think it’s up to me to answer this kind of question. You know, having so many artists can’t do any harm to music. On the other hand, only those with a certain level of excellence should be able to call themselves musicians. To compose something randomly, that’s not art. Art is something a common man can’t do. The more complex, the more difficult, the more we have to encourage the rise of this art. I said it’s not my role to say so, because that can be considered pretty restrictive by those wanting to make art. The only thing I can say is that there needs to be a certain level of complexity, and bands and solo artists should reach a certain level of competence before they claim to be making music.

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David Banner, le Mississippi dans l’âme.

You’ve collaborated with Lil Wayne a number of times; do you consider him the best rapper alive, as he says?

Well…once again, I don’t think it’s my role to talk about that. Talking about other rappers is not my role; I have my own opinions, I know who I like and who I listen to, but I don’t think I’m the best one to talk about that.

How do you relate rap, video games and movies?

I think America hasn’t understood that certain deviant behaviors are striking this country’s spine. Look, today, most video games are violent and require a lot of music – not only rap, but aggressive pieces of music. No wonder kids are violent after that. Don’t ask yourself why kids get crazy when you are slipping them violent songs or TV shows. I’m not talking about just rap; people always condemn rap because Blacks are deeply involved in it. But look at TV in the US. It’s a million times worse than any rap piece: it gives people not only music, but images too. So, if we analyze how media are interconnected and then look at youngsters’ behavior, we can only but condemn the Americans who initiated such television and video games. But let’s be clear: I don’t want to forbid anyone from buying anything in the US. Nobody can decide whether someone should be able to watch people being attacked or insulted; we’re free to decide. But I think that, as grown-ups, we have a certain level of responsibility. I don’t think many people in the US have understood that.

« Sex, drugs and violence: seriously, what did you expect? »

And so, does your last mixtape, available for free downloading, entitled Sex, Drugs and Video Games, represent three ways of lying to oneself?

Sex, drugs and video games, the album title, is exactly what we’ve just talked about, yes. This album brings up the topic of responsibility. Sex, drugs and violence: seriously, what did you expect? The title has nothing to do with my way of life, but more with the way America forgets to challenge the entertainment industry with real issues. Then, when some kids come with real crap, America never feels liable for that and never acts.

You went from a very blues universe to a more electro one. Why?

Come on; please listen to my music more carefully. I am a producer. It’s the difference between me and many artists. For example, if you listen to Kanye West, Dr Dre or others who make their own beats, you’ll hear their music. I supervise, you know, I produce Justin Bieber, Chris Brown, I do country music, movie soundtracks. My music will always be diverse. Actually, I’ve never done just one kind of music. Almost seven years ago, I already composed electro with a hip-hop beat. People don’t always think of genres when they listen to music; they take it as it is. I’ve never done the same music.

Born on the bayou

In 1915, D.W. Griffiths’s triumphal Birth of a Nation depicted a racist and supremacist South, that had been ruined and dishonored after the end of the Civil War, whose prestige could only be restored by the Ku Klux Klan. In the swamps of a fake bayou overshadowed by the sun, the white hoods lynch a Black man who happens to be fake too: he’s played by a white actor, Walter Long, wearing the “blackface,” with sooty complexion and big lips, in the role of Gus, the KKK’s victim. In pre-classic Hollywood, the “blackface” was a means (like any other) of excluding African-American actors from the sets, and of representing a dehumanized caricature of Blacks.

Fuss, racism and scorching heat: if it ever constitutes a genre – which is debatable – Southern film is filled with those three ingredients. The nostalgia of a bygone age (the South, empire of cotton) results in enduring stereotypes, that represent the Black population as servile, expressing themselves with difficulty and whose totem remains Gone with the Wind. The mist and the muddy waters of Mississippi are ghosts that the directors of “film noir” use: in Dark Waters, André de Toth uses Louisiana’s mugginess to give a fantasy touch to his thriller. From a place of ambiance and sensuality (in Reflections in a Golden Eye, by John Huston, the bayou’s sweatiness makes the temperature rise between Taylor and Brando), the locations are then assimilated to rednecks, the nostalgic hillbillies, who regret pro-slavery America. The best movies are those which, instead of spewing on the rabble, attempt to film a social farce. Tobe Hooper sets Texas Chain Saw Massacre so deep under the blazing sun of desert Texas that the movie is the everlasting emblem of moral and economic deprivation of an abandoned and despised South.

More recently, directors like Jeff Nichols (Mud, Take Shelter), Benh Zeitlin (Beasts of the Southern Wild) and David Gordon Green (Prince Avalanche, Joe), all born and raised in the South, recall the evil poetry that haunts these places. But Katrina also dropped by. Its scars are still burning, in When the Levees Broke, Spike Lee’s documentary about the aftermath of the hurricane, or in Treme, the series by David Simon (The Wire); in The Curious Case of Benjamin Button, by David Fincher; and in Bertrand Tavernier’s In the Electric Mist.

Farce or grace, what stands out of this corpus is for certain: the South is an amazing cinematographic environment.

Benoît Marchisio

How did the important figures of blues from Mississippi, like Howlin’ Wolf or Little Waters, influence your career and your way of making music?

I don’t know if they really influenced me. All I can say is that Mississippi is like a whole: its music, its politics, and its spiritual life made me what I am, not just a part of it.

Did Obama’s election somehow change how poor Black people live in Mississippi? In Jackson, your hometown, some people do still live in slums, right?

Do I think Obama changed anything for poor and Black people in Mississippi? No, not at all.

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David Banner, leadership.

Can you develop?

There’s not much more to say: just look at the statistics. Look at the living conditions of people in Mississippi. You’ll get the answer. There’s no point in being sentimental here; you just need to look at the statistics, that’s the truth. It’s always been difficult for Black people in Mississippi and nothing has changed. Nothing at all.

In 2005, you created the Heal the Hood Foundation in order to help the victims of Katrina. Which part do American artists play in public life?

An American artist has to compose good music, period. All that I do in politics, my social commitment, everything, doesn’t come from the artist, but from the man I am. And then, I’m also a rapper by chance. I think people are mistaken when they say “rappers have to do this, rappers have to do that”. I think the only thing you have to do is make good music. But if you’re a good person, you’ll try to do good, whether you make music or not

Was your father’s job important in your commitment?

Yes, his job greatly influenced my life. He was a fireman, someone with discipline, a leader: he was the captain of the fire station. He taught me how to take over. In his job, there were lives at stake; he had to protect people from fire. It now reflects on what I do.

When a French guy thinks about the US, he thinks about New York City, Los Angeles or San Francisco. Many people back there can’t imagine the squalor in which some people live in Mississippi. Can you explain to us how people in Mississippi can accept such huge social disparity?

It’s not really what people think. Mississippi is not the same anymore. People are wrong; it’s not like Mississippi in 1962, for example. But, you know, people have been living in such poverty for so long that they’ve gotten used to it. They don’t even think about it anymore; it’s become a way of life. Obviously, people in Mississippi have lots of problems, but not much different from other people’s problems around the world. It’s the same for people in South Africa or Australia – for everyone, basically. In every city, in every country, poor people live a tough life. People often think of Mississippi as a special place, but that’s wrong. It’s no different from the rest of the world. When you have power, it’s easy to point out certain areas and compare them with other places where everything is so great. But the truth is that the same happens everywhere in the world.

Does this social disparity still reflect the racial inequalities of the last century? Does a form of segregation still exist?

Yes, absolutely. Of course it still exists. And I would even say that it’s not just limited to the US: it’s global and it’s important that people be aware of that.

Before we said goodbye, we asked him if he could listen to french rappers Booba and La Fouine and tell us who, in his opinion, is the king of French rap. His answer was that he couldn’t judge in a rush and would need to have the lyrics translated and time to formulate a well-founded and educated opinion. Professional to the last.

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Mud.

Dirty south

Being born in the American South doesn’t prevent you from being immersed in this damn hip-hop cooking-pot. David Banner too, just like giant Obelix, must have fallen in a big cooking-pot filled with boom bap or G-Funk references when he was just a kid from Jackson, Mississippi’s largest city. But it’s in southern rap indeed that this guy will further make a name for himself next to the genre’s big shots and next to two geniuses called Big Boi and Andre 3000, because if Dirty South rap overflows with hundreds of genres, sub-genres and more-or-less appreciable references, Outkast remains the guiding light of a genre that’s sometimes bogged down with redundant sonorities. The complete opposite of the Atlanta duo and of Banner. With an extremely neat production quality and such distinctive voices you can recognize them anywhere, Banner and the legendary group bring a creative touch to a style of rap that accounts for a growing part of the American hip-hop industry.

Banner is this: a loud and rowdy flow at the help of powerful instrumentals, in which festivities and darkness mingle. From Cadillac on 22′s to Like a Pimp, from Lil’ Wayne to 9th Wonder, Banner jumps the musical barriers as easily as he keeps on taking up small parts for television. Between two episodes in which he teams up with charismatic Vic Mackey and his posse in The Shield, David finds some time to produce several rappers and, above all, to release five albums in eight years. Mixing crunk and blues, making great video clips, he makes his “dirty” contribution to the southern genre. Away from the too-slicked Outkast productions, away from the now traditional “chopped-and-screwed” technique, David Banner sets his own rules with a dirty south rap where deep lows can easily co-exist with the violent tackling of George W. Bush and the defense of the American Black community. The man, who had the name of his native state tattooed on his back as a defense of a southern population and rap that are largely put to the side, had actively contributed to the collection of funds after hurricane Katrina, in 2005. Dirty class.

Lamine Belharet

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Translated from french by Benjamin Lair, Florine Duranton, Mathieu Jacquet & Maggie Jones for RAGEMAG.

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À propos des auteurs

Julien Cadot

Julien CadotRédacteur en chef, responsable de la rubrique Science, technologie et futur. Techno-critique consciencieux, préfère élever la réflexion plutôt que la voix.

Arthur Scheuer

Arthur ScheuerFondateur et Directeur de publication.



Une réponse à David Banner : « Dans le Mississippi, la misère est devenue un mode de vie. »

  1. vincentv

    j’aime bien ses réponses, les journalistes veulent absolument lui faire dire qu’il y a de la misère au Mississippi, que c’est un Etat misérable et il répond que la pauvreté existe partout…
    je conseille à ces journalistes d’aller dans les grandes villes du monde, celle des USA à NY, Los Angeles, Chicago d’abord et ils en verront de la misère (pour San Francisco ce sera la ville voisine d’Oakland) et des ghettos.
    On pourrait aussi les conseiller de se promener dans Paris, ils verront des SDF à tous les coins de rue et d’aller dans certaines banlieues…

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