Le départ inopiné du Pape nous renvoie immédiatement à la question de la mort et de ce naufrage que constitue la vieillesse. Est-ce le jeunisme de l’air du temps qui a poussé Benoît XVI à quitter le Saint-Siège, ou simplement la fatalité d’un monde moderne qui change tout jusqu’à notre rapport au corps et à la mort.
Depuis les progrès de la médecine, la vie s’est rallongée mais malheureusement, la durée de vie en bonne santé ne s’est pas autant améliorée. La médecine prolonge donc la vie mais aussi la maladie et la souffrance.
C’est ce qu’on appelle le quatrième âge, qui fut si long pour l’ancien Pape Jean-Paul II. Ce quatrième âge qui remplit les mouroirs discrets que sont devenues les cliniques et les maisons de retraites spécialisées. Des couloirs habités par les pleurs, la puanteur, la souffrance, l’abandon, voire la folie, véritables antichambres des enfers.
« Cette vie que l’idéologie dominante a dévoyé à la science, au progrès, jusqu’à cet accord Faustien entre médecine et éternité chimérique. »
À n’en pas douter, Benoît XVI ne voulait pas faire revivre ces années difficiles au catholicisme, cet état de végétation frustrant. Comment incarner la vie, l’avenir et l’espérance en ayant les jambes moribondes. Sans idéologie, le Pape est l’image de l’Église et, par les temps qui courent, si celle-ci veut se permettre de garder sa stature, elle doit être dynamique.
Mais la question se pose alors : ce quatrième temps de vie n’en serait-il pas un ? Lorsque ce temps de désespoir et de dégradation se cache derrière les murs épais d’une abbaye ou d’un hôpital, par exemple. Si ce temps n’est finalement qu’une longue période de souffrance, pourquoi la vivre ? Cela en vaut-il la peine ? Le suicide assisté apparaît alors comme la solution miracle, la bonne réponse au mauvais problème, celle d’un homme maître de son destin dans une vie qu’il finit par ne plus supporter. Cette vie que l’idéologie dominante a dévoyé à la science, au progrès, jusqu’à cet accord Faustien entre médecine et éternité chimérique.
À la vie, à la mort
« Alors Jésus lui dit : « Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » Matthieu 26;52
La vie et la mort sont deux amantes liées. La dernière est l’image, la synthèse de l’autre.
Et quelle image nous renvoie aujourd’hui ces moments funestes : celle d’une vie chimique, embuée, perdue et déracinée où la solitude et l’artificiel règnent sur notre propre volonté, dans un univers neutre et aseptisé. À ce terrible moment, le sang y coule toujours mais il est cautérisé, l’âme y soupire encore mais n’a plus personne pour l’écouter. Bientôt, le corps inerte sera brûlé, rapidement, avec un simulacre de rite pour abréger la souffrance des vivants.
« La vie et la mort sont deux amantes liées. La dernière est l’image, la synthèse de l’autre. »
Mais une humanité qui n’accompagne pas ses mourants et ne célèbre pas la mort reste-t-elle humaine ? Les archéologues datent le début des civilisations humaines par la naissance des sépultures. N’y a t-il pas un corollaire fondamental entre la vieillesse et l’enfance, entre la mort et la naissance. « [...]tous les enfants sont des miroirs de mort… » écrivait Sartre dans Les Mots, les anciens pourraient donc être des miroirs de vie.
Gilles Deleuze dans son Abécédaire annonçait : « Ce n’est pas les hommes qui savent mourir ou qui meurent, c’est les bêtes, et les hommes quand ils meurent, ils meurent comme des bêtes. » et continue son histoire en prenant exemple sur son petit chat qui s’était caché, seul, dans un coin pour mourir.
Alors peut-être est-ce cela, au fond, le problème : l’homme moderne doit-il désormais apprendre à mourir ?
Cachez ce Saint-Père que je ne saurai voir.
Tout Pape qu’il est, Benoît XVI est un homme de chair et d’os de notre époque. Il souffrira lui aussi des affres de cette fin de vie à rallonge.

Le 28 février, le Pape ira certainement finir ses jours à l’ombre d’un monastère, comme le petit chat, emportant avec lui, loin du Saint-Siège, le spectre de la mort. Un lâche, diront certains, qui refuse le Calice. C’est oublié, tout au contraire, que le Christ a embrassé la mort en laissant les siens sur le Mont des Oliviers afin de leur épargner la coupe. De la même manière, Benoît XVI s’en va seul vivre sa Passion, en sacrifice pour la vie de son Église.
À son enterrement, les cloches du monde entier sonneront. La vie alors retraversera son destin. Car ce qui nous distingue du petit chat dans la mort, n’est pas notre bestialité mais bien notre noblesse : la mémoire et le signe. Aristote ne m’aurait pas contredit. Ce Pape a d’ailleurs été prolifique en texte avec la rédaction de trois encycliques.
Non, les hommes n’ont jamais su mourir, ils en font même tout une Histoire.
Boîte noire
- Le passage de l’Abécédaire de Deleuze sur le petit chat ;
- le texte d’Aristote sur la différence entre la mémoire des hommes et des animaux ;
- le discours de renonciation du Pape :
- un Pape arrivé conservateur et parti rénovateur, article dans La Croix.

Manifestation du 5 mai : sous les pavés, la Rage
L’humanité doit pas se définir par la mort, pas plus que par la peste ou le danger d’être dévoré par des bêtes sauvages… c’est juste une tragédie qui doit être vaincue un jour. Le plus vite possible de préférence…
Vous avez raison. Ce sera d’ailleurs super fun quand 45 milliards d’humains vivront sur Terre. Naturellement, la minorité des gentils-riches-progressistes-libéraux se paieront l’éternité, tandis que pour eux marneront les serfs mortels… Il faudra aussi mener la nécessaire guerre aux autres riches et surtout aux sales pauvres qui par le fait d’enfanter contribuent à surpeupler le monde… autrement dit à menacer d’empiéter sur l’espace des gentils-riches-progressistes-libéraux… Bordel ! on n’est pas riche pour se faire emmerder, mais pour avoir la maîtrise de l’espace et du temps, pour dépasser les fatalités de la biologie et de la matière, crénom !