Entretien avec le scénariste de RoboCop et Starship Troopers : Ed Neumeier, Mozart du détournement

Publié le 6 février 2014 à 10:31 par Julien Cadot, Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 2

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27 ans après sa création, RoboCop compte toujours comme un jalon crucial du film d’anticipation, dont le réel confirme jour après jour la lucidité. Starship Troopers, de son côté, est assurément le plus grand hold-up de l’histoire d’Hollywood et n’a pas pris une ride. Alors qu’est sorti hier un reboot de la franchise RoboCop, aux mains du Brésilien José Padilha, nous avons longuement conversé avec Edward Neumeier, le scénariste des films originaux.

Comment avez-vous rencontré Paul Verhoeven ?

Edward Neumeier

Paul Verhoeven en 1980.

J’ai rencontré Paul pour la première fois lorsque la société de production Orion Pictures lui a proposé de réaliser Robocop, à partir d’un scénario que j’avais écrit avec Michael Miner. En fait, c’était l’un des derniers réalisateurs que nous avons sollicités. C’était une idée de Barbara Boyle, qui était vice-présidente de la production internationale à l’époque, car elle avait été impressionnée par son film La Chair et le sang. Et bien sûr, c’était l’idée du siècle ! On s’est réuni pour faire une lecture et il a vite adoré le projet, notamment grâce à la scène où Alex Murphy se fait assassiner par Clarence Boddicker, je crois. La conversation a commencé comme ça.

Je connais Paul depuis de nombreuses années maintenant et je pense souvent à la chance que j’ai eu de le rencontrer et à quel point ce fut une aubaine pour mon projet. C’est peut-être vrai également de son côté, mais je n’oserais pas l’affirmer ! C’était l’homme idéal en tout cas, et nous nous sommes très bien entendus sur la façon dont le film devait être fait. C’était une satire, donc il était extrêmement amusant de créer cet univers.

J’imagine que vous êtes amis désormais.

Oh oui, naturellement ! On se connaît depuis 35 ans maintenant. Il faut d’ailleurs que je fasse attention à ce que je raconte car je ne voudrais pas le blesser, surtout avec le nouveau RoboCop et tout ça ! Ça risquerait de rendre les vacances un peu compliquées si je faisais une gaffe. (Rires) Ce que je sais, c’est que j’ai eu beaucoup de chance de partager cinq mille petits déjeuners avec Paul Verhoeven, à parler de cinéma, de politique et de tout un tas d’autres choses. C’est un esthète extraordinairement talentueux, et nous n’aurions jamais pu réaliser le film tel que nous l’avons fait ensemble avec quelqu’un d’autre. Même pas un peu. J’en reste convaincu. C’est mon Paul Verhoeven à moi.

Y a-t-il un lien entre RoboCop et Starship Troopers ?

À part Paul et moi, oui je pense. Je pense que l’un s’est nourri de l’autre. L’idée de Starship Troopers est apparue au cours de la dernière semaine de tournage de RoboCop, à Pittsburg, alors que Paul et moi discutions en nous promenant le dimanche, un soulagement après l’apocalypse de la semaine. C’est à ce moment-là que l’idée a émergé, mais j’avais lu le livre des années auparavant. Le film porte probablement la marque de notre collaboration post-RoboCop. Parce que je le connaissais intimement, je connaissais son histoire, son enfance, et raconter ce que c’était que de grandir sous domination de l’Allemagne nazie a toujours été plus ou moins présent à son esprit.

Je savais dès le départ que ce serait une satire. Je pense que Starship Troopers et RoboCop sont des films très similaires. Bien que le personnage de RoboCop porte en lui une idée dramatique plus forte. Starship Troopers est un peu plus… Il y a quelques jours, on m’a présenté sur un tournage au réalisateur Walter Hill, et il m’a dit : « Ah oui ! Starship Troopers ! C’est ce que j’appelle un film à idée ! » Et j’ai répondu que c’était très gentil de sa part de me dire ça (c’est tout de même Walter Hill !), mais pas vraiment juste. En quelque sorte, Starship Troopers est une suite de RoboCop. Beaucoup de temps s’est écoulé entre les deux mais ils fonctionnent de cette manière, d’après moi.

robocop-1987

Dead or alive, you’re coming with me!

Comment avez-vous eu l’idée de créer RoboCop ? Était-ce un produit de l’Amérique de cette période ?

Oui, je pense. J’ai grandi aux États-Unis. Je suis un enfant des années 1950 dont les parents appartenaient à la classe moyenne la mieux lotie, si l’on peut dire, ils étaient professeurs. J’ai voyagé un peu, ce qui m’a aidé. Dans ma jeunesse, j’ai beaucoup été en Europe. Ça a éveillé mon regard sur le monde, d’une certaine manière, bien avant que je n’aie l’idée de RoboCop. J’avais depuis longtemps à cœur de raconter l’histoire de la fin d’une industrie spécifique, à savoir l’industrie automobile américaine, et de l’avancée technologique qui la remplacerait, qui s’est incarnée dans RoboCop. Donc j’ai situé l’histoire à Détroit (appelée Motor City ou Motown, en référence à sa célèbre industrie automobile, ndlr). Je me suis battu pour ça, je maintenais que l’intrigue devait se passer à Détroit, ça ne pouvait être nulle part ailleurs, et ce peu importe la ville où ils tourneraient ! (Rires) Il y avait quelque chose de dramatique là-bas… Mais j’ai oublié votre question.

Je vous interrogeais sur la création de RoboCop et ses aspects symboliques.

« Même aujourd’hui avec le nouveau film, c’est encore une idée captivante : comment cohabitons-nous avec la technologie ? Nous avons commencé à nous interroger dans les années 1980 et ce questionnement est plus pertinent que jamais. » 

Ah oui ! Donc avant tout, c’est parti de mon intérêt pour le déclin de l’industrie automobile et de ce qui se tramait dans ce business. Je voulais vraiment écrire une aventure dans le monde américain des affaires des années 1980. Car c’est dans les années 1980 – et c’était toujours le cas dans les années 1990, de même qu’aujourd’hui – que j’ai vu pour la première fois des hommes d’affaires qui ressemblaient à des guerriers, ou à James Bond, quelque chose de ce genre. Nous étions dans un monde de corporations et l’idée était d’imaginer un futur où ces grandes entreprises auraient un plus grand pouvoir sur le monde. Maintenant, les gens appelleraient ça « privatisation ». Donc l’idée est venue à la fois de mon intérêt pour les récits de science-fiction et de ce que je pouvais observer partout autour de moi à l’époque : j’étais moi-même un jeune cadre chez Universal. Je me voyais presque comme le personnage de Kinney, qui se fait tuer par le ED-209. Vous savez, ce jeune type brillant avec une cravate. (Rires)

Mais l’idée du personnage de RoboCop m’est venue sur le tournage de Blade Runner, car mon bureau n’était pas loin, et je traversais le plateau en rentrant à la maison le soir. Se retrouver dans des décors pareils, ça fait quelque chose. C’est bouleversant. Vous devenez super créatif, vous vous mettez à avoir des idées car tout ça vous stimule. Le décor est capital pour faire émerger des idées, des scènes. Enfin bref, j’avais cette idée en tête et j’avais entendu parler de Psychose, que je n’avais pas vu à l’époque. Mais j’étais très intrigué par le fait que Janet Leigh meure peu après le début du film. Je trouvais ça fantastique. Et je me suis dit : « Oh, ça devrait être un type… qui meurt et devient une machine ! » Même aujourd’hui avec le nouveau film, c’est encore une idée captivante : comment cohabitons-nous avec la technologie ? Nous avons commencé à nous interroger dans les années 1980, et maintenant que nous sommes en 2014, ce questionnement est plus pertinent que jamais. Le film commence véritablement avec un homme qui devient une image virtuelle. C’est la première chose qui se produit après sa mort ! Une image virtuelle apparaît. Lorsque j’observe notre monde, j’ai le sentiment qu’il se passe beaucoup de choses intéressantes, du point de vue artistique.

Edward Neumeier

Blade Runner, de Ridley Scott (1982).

Vous avez évoqué Blade Runner, quel était votre rôle sur le tournage ?

J’étais tout jeune à l’époque, j’avais vingt-quatre ans. Vous savez, c’était un si grand plateau que personne ne savait qui y travaillait et qui n’y travaillait pas. Donc je me suis juste pointé un jour et j’ai dit : « Salut les gars, qu’est-ce que je dois faire ? » Et quelqu’un a répondu : « Va là-bas, prends cette pile de journaux, mouille-les et jette-les partout dans le décor ! » Et me voilà sur ce plateau gigantesque, avec l’envie désespérée de faire un film à mon tour, puisque je travaillais sur des scénarios dans un bureau un peu plus loin. Peut-on imaginer un plateau de cinéma plus incroyable sur lequel tomber en se rendant au parking ? Donc j’ai travaillé toute une journée et toute une nuit, vu que les scènes se tournaient de nuit. RoboCop m’est probablement venu d’un seul coup. C’est un titre tellement bizarre quand on y pense ! Lorsque nous avons fait le film, au début, tout le monde avait honte de dire sur quel film ils travaillaient. (Il joue la scène) « Hé mec, tu travailles sur quoi en ce moment ? » (silence gêné, puis, rapidement) « Euh… RoboCop. » Ça sonnait tellement stupide ! Et puis le film est sorti et ça ne l’a plus été du tout !

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Étoiles, garde-à-vous !, de Robert Heinlein (1959).

D’autres œuvres de science-fiction vous ont-elles inspiré ?

Je ne suis pas si calé en matière de science-fiction, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Si ce n’est Robert Heinlein. J’ai lu ses œuvres de jeunesse, Starship Troopers et d’autres trucs. Il a eu une grande influence sur moi. Et j’ai ensuite préféré d’autres genres de romans d’aventure. J’ai lu beaucoup de livres d’Alistair MacLean, comme Les Circuits de la mort. J’étais fasciné par les hommes qui se comportaient comme « de vrais mecs » et réglaient leurs problèmes avec des flingues. J’étais Américain, quoi ! RoboCop est autant inspiré par Orange mécanique que par L’Inspecteur Harry. Et par Peckinpah, et Coppola bien sûr, mais par-dessus tout, par les films de George Lucas. Ils représentaient beaucoup pour moi car j’avais l’âge idéal pour me dire : « Wow, les robots pourraient vraiment exister ! »

Lorsque vous avez écrit RoboCop, pensiez-vous créer une œuvre d’anticipation ?

Eh bien, c’est une satire. Donc l’idée était d’essayer de le faire d’une façon amusante pour que, lorsque vous le regardez, vous vous dites en rigolant : « Les choses ne pourraient jamais ressembler à ça ! » J’ai inventé une petite formule pour expliquer ce principe : « Les choses vont mal en ce moment, mais je vais les rendre aussi mauvaises que possible. Ça va mal, donc je pousse à fond la dégradation de la situation. » C’est comme cela que je prédis le futur. Et vous savez quoi ? J’ai tapé plutôt juste. Mais je pense que nous cherchions à être faussement prescients, pas un seul instant nous n’étions sérieux… hélas il s’est avéré que nous avions raison sur bien des points. Vous savez, quand vous travaillez avec des gens intelligents comme le producteur Jon Davison ou Paul, et qu’ils vous disent tous qu’ils aiment vos idées, vous les incorporez au film et vous tournez tout de suite après. Beaucoup de choses se sont effectivement réalisées par la suite, mais c’est aussi le cas avec Starship Troopers. Le scénario fut écrit entre deux guerres, en réaction à l’une et en prévision de celle qui l’a suivie, en quelque sorte.

Les drones, la privatisation de la sécurité, les caméras de surveillance, le fichage des citoyens… avez-vous pris tout cela en compte pour actualiser l’écriture du nouveau film ?

Il faut que je sois clair à ce propos : je n’ai pas écrit le nouveau film ! Je suis crédité au générique parce que le scénario qu’ils ont décidé de produire était très proche de celui que j’avais écrit avec mon collaborateur pour le film de 1987. Je ne me suis jamais retrouvé dans une pièce avec quelqu’un qui m’aurait dit : « On devrait faire ci ou ça. » Et résultat, je suis plutôt content de ce qu’ils ont fait, j’imaginais que ce serait bien pire. L’avez-vous vu d’ailleurs ?

Pas encore, malheureusement.

« RoboCop compte beaucoup pour certaines personnes. C’est comme un rite de passage. C’est la première fois que vous voyez un film que vous n’êtes pas supposé voir ! »

Un ami est allé le voir en France, il m’a appelé et m’a dit « Je l’ai vu ! je l’ai vu ! » C’était intéressant, parce qu’il ne pensait vraiment pas qu’il allait l’apprécier, et ce fut le cas. Il a trouvé que c’était un film très politique et qu’il conservait l’essence de l’original. Il était surpris, oui. Le truc, c’est que je pense que pour faire un bon RoboCop, il faut un bon réalisateur. José Padilha est un cinéaste très intéressant. Il est intelligent, il sait comment faire un film. Je ne veux pas vous le sur-vendre cependant, il y a des choses que mon ami n’a pas aimées, l’une d’entre elles étant la retenue imposée par l’interdiction aux moins de 12 ans seulement. Qu’est-ce que vous en pensez d’ailleurs ?

Je trouve ça dommage, a priori. J’aime les films d’action des années 1980.

Oui, voilà, il m’a dit que le film serait meilleur s’il était plus sec, plus violent.

Après tout, le premier était très violent et le marketing autour du film s’adressait aux enfants !

Oui, vous avez raison, je pense que le gros problème avec RoboCop c’est la marque. Ça a toujours été mal vendu. En d’autres termes, le premier opus était un film d’action très dur avec un fort sous-texte politique. Et puis ils en ont fait une série pour les enfants…

Et des jouets !

Des jouets, oui, des produits dérivés. Mais soit dit en passant, j’adore les jouets, c’est ce que je préfère ! Je pourrais vous faire faire un tour de ma maison pour vous montrer tous les jouets que j’ai ! (Rires) Parce que pour moi, c’est l’extension de l’idée du personnage. Mais ce qui me touche particulièrement, c’est que des gens viennent parfois me voir pour me dire avec des étoiles dans les yeux : « C’est le premier film que mon père m’a montré. » Ou : « C’est le premier film de genre que j’ai vu et j’ai dû le regarder en douce ! » Je ne sais pas si c’est le cas en France, mais aux États-Unis et en Angleterre, RoboCop compte beaucoup pour certaines personnes. C’est comme un rite de passage. C’est la première fois que vous voyez un film que vous n’êtes pas supposé voir ! Je suis vraiment flatté si des gens le ressentent de cette manière.

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Your move, creep!

Y a-t-il des similitudes entre les policiers d’aujourd’hui et le personnage d’Alex Murphy ?

En un sens, oui. Si vous vous souvenez du film original, les policiers y portent déjà des armures – contrairement aux vrais policiers des années 1980. C’était dans le scénario, et l’étape suivante était ce RoboCop, ce flic en armure intégrale ! RoboCop doit être un fantasme pour beaucoup de policiers. Ils ont beaucoup apprécié le film et ils auraient tous aimé être RoboCop, à un certain degré. Quoi qu’en dise monsieur Padilha dans la presse – à savoir que personne ne voudrait être RoboCop –, les policiers aiment son invulnérabilité, le fait de faire un travail si important que personne ne semble comprendre, etc.

Il serait intéressant de demander aux policiers français ce qu’ils en pensent. Je veux dire, imaginez-vous cette scène comme si vous étiez un policier : vous vous trouvez face à un malfrat, un tueur de flics, et vous lui lisez ses droits. Mais vous les lui lisez en le balançant à travers une fenêtre ! Et c’est votre droit. Ce serait assez drôle à voir ! J’avais peur que les policiers soient offensés par cette scène, et puis je me suis rendu à une projection que nous avons fait pour une association caritative de la police, et ils ont ri aux éclats, ils ont adoré !

Vous avez mis en scène un homme-robot. Que pensez-vous du récent rachat par Google de nombreuses sociétés de robotique, dont Boston Dynamics – qui avait pour client l’US Army ?

Je pense que c’est quelque chose d’inévitable. Ce que je pensais qu’il se passerait est en train de réellement se produire. Maintenant, aujourd’hui ! La robotique s’est immiscée jusque dans nos habitudes de vie. C’est le cas depuis des années mais aujourd’hui, il en est ainsi pour presque tout autour de nous. Vous pouvez désormais acheter une voiture qui freinera d’elle-même s’il se passe quelque chose devant vous. Nous sommes à l’orée d’un monde de capteurs. Les voitures auto-pilotées sont toutes proches. Des robots prendront soin de vous, cher monsieur !

« Nous nous demandions avec Paul, pendant que nous tournions le film : “Est-ce qu’ils savent ce qu’on est en train de faire ? Ils n’ont pas l’air de comprendre.” »

Je crois que ce nous vivons relève de la science-fiction, et pas seulement la robotique. Avez-vous vu Her, de Spike Jonze ? C’est une comédie romantique, mais je pense que c’est l’un des films les plus intéressants traitant de l’intelligence artificielle. C’est amusant mais c’est quelque chose que je vois bien se réaliser, d’une certaine façon. À la moitié du film, je me suis fait la réflexion que je pourrais peut-être apprécier la compagnie d’un appareil qui puisse me comprendre et me dire les choses que je souhaite entendre. Quand le film m’a interpellé de cette manière, j’ai compris ce qui était sur le point de se passer entre les humains et les machines. Si les humains commencent à s’attacher émotionnellement aux machines, que va-t-il advenir ? C’est tout à fait fascinant.

Nous avons remarqué une symétrie : Reagan est élu Président en 1981 et Robocop sort en 1987 ; L’URSS chute en 1991 et Starship Troopers sort en 1997. Est-ce un hasard ?

Vous sous-entendez par là que j’ai une relation avec Ronald Reagan ? (Rires) Je ne sais pas, je suis probablement comme beaucoup de gens de mon époque. J’ai vécu l’ère Reagan. En un sens, c’est une coïncidence car il nous a fallu sept ans pour faire le film, c’était si long ! Nous nous demandions avec Paul, pendant que nous tournions le film : « Est-ce qu’ils savent ce qu’on est en train de faire ? Ils n’ont pas l’air de comprendre. » Et nous avons réalisé le film que nous voulions. Personne ne nous a dit quoi faire ou ne pas faire, et je suis fier de l’avoir fait. Iriez-vous voir un remake de Starship Troopers ?

J’imagine, oui, si le projet est entre les mains d’un bon réalisateur.

Je suis d’accord. Il ne faut pas que ce soit comme avec Total Recall, le remake est catastrophique.

Extraits des critiques françaises de Starship Troopers en 1998

« Starship, en plus d’être un film formaté pour ados accros aux jeux vidéo, serait aussi une dénonciation du devenir fasciste américain via le décervelage par les médias, le nationalisme dents blanches, la passion des armes, etc. La charge contre l’équipe des personnages terriens, ramassis de caricatures de beauté côte ouest, croise des effets d’ironie sur la télévision, parodiant des spots CNN au moment de la guerre du Golfe. Le mépris sarcastique de Verhoeven à l’encontre de tout ce qui passe dans le champ de sa caméra est insondable. Ce type est un nihiliste convaincu et il est bien décidé dans Starship Troopers à faire table rase de toutes valeurs un tant soit peu sympathiques. [...] Alors, certes, Starship Troopers n’est pas le film nazi dénoncé par quelques journaux outragés mais sa désinvolture idéologique et son agressivité formelle ne parviennent pas à convaincre et induit des comportements de défonce à vide (de la mort, du cul, du bruit) carrément glauques. » — Didier Péron, Libération

« C’est en cela que Starship Troopers égratigne avec brio la forteresse du bien-pensant. En utilisant tous les codes visuels prémâchés de la société du spectacle (pub, défilés de mode, cinéma hollywoodien, racolage télévisuel), il ne fait qu’entraîner le genre, la science-fiction, dans son principe de mise en perspective des travers de notre société, jusqu’à son extrême limite. Aussi le film, de par son ironie macabre sur un genre à la mode qu’il pense cinéraire, finit-il par ressembler, malgré ses moyens, à une réjouissante série B, courageuse, viscérale, libre en somme. » — Yannick Dahan, Positif

« Après dix ans en Amérique, Verhoeven en est venu à la conclusion qu’il vaut mieux être un cafard qu’un surfer bronzé ou une poupée Barbie. Ce constat baroque fait de Starship Troopers l’un des films les plus politiquement engagés jamais produits par Hollywood. » — Samuel Blumenfeld, Le Monde

« Un opéra intergalactique bouffon qui étonne, agace, amuse. » — Jacques Morice, Télérama

Comment avez-vous eu l’idée de détourner le livre de Robert Heinlein ?

C’était un exercice, d’une certaine manière. Paul a conçu Starship Troopers comme un film de guerre anti-américain. Le film est arrivé juste après la première guerre du Golfe et de mon côté, ce qui m’intéressait le plus c’était le traitement médiatique de la guerre. La façon dont cela s’est passé m’a pratiquement rappelé des récits de science-fiction, particulièrement ces images la nuit avec les lumières vertes, etc.

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Enrôlez-vous !

Pour en revenir au livre, je l’ai lu il y a très longtemps. C’est un livre très direct, sur ce que c’est que d’être un vétéran, d’être un militaire. Pendant que nous faisions le film, notre conseiller militaire nous a donné du fil à retordre, il était agacé car notre film n’était pas assez premier degré pour lui ! (Il mime le conseiller militaire) « Okay les gars, je veux que ce soit le film d’entraînement pour les soldats du XXIIe siècle ! » Il m’en voulait pour ça, mais j’aurais trouvé parfaitement idiot de le faire de cette façon. Il fallait que ce soit amusant pour que la satire soit réussie. Ce film fait ce que beaucoup de films de guerre ne font pas : ils ne vous disent pas à la fin du troisième acte que vous n’êtes peut-être pas du côté des gentils. Et c’est précisément ce que Starship Troopers fait. Lorsque Neil Patrick Harris débarque en uniforme SS, Paul n’a pas eu besoin d’en rajouter, car j’ai toujours pensé qu’il se montrerait dans un tel uniforme et qu’il déclamerait son discours, qui revient vraiment à traiter les gens comme des numéros. Et je me souviens que lorsque Neil entre en scène dans cet ample costume noir, cet uniforme de roi nazi, c’était un vrai choc. Et je n’étais pas sûr. On a écrit la scène, nous l’avons tournée et lorsque le film est sorti, il y a eu des problèmes, les gens n’aimaient pas certaines choses et Paul doutait vraiment…

Mais finalement, j’ai pensé que c’était la meilleure chose à faire, même si les gens sontétaient réticents. Parfois ils crient : « Hé ! Ton pote ressemble à un nazi ! » Mais nous montrons que c’est la seule façon de jouer à ce jeu, qui devient la guerre. Nous avons tous grandi en voulant jouer à la guerre, et le film vous dit : « Allez, jouons le jeu, mais maintenant on va se parler en adultes et voir ce que cela implique. » Et pour moi, c’est une chose que les films devraient faire plus souvent. Mais c’est délicat parce qu’il faut avoir quelqu’un d’aussi intelligent que Paul Verhoeven derrière la caméra, il faut faire cela de façon très discrète.

En parlant de la réception du film, avez-vous lu l’article de The Atlantic, dont le titre était quelque chose comme « Starship Troopers : le film le plus incompris de tous les temps » ?

Je pense que j’ai lu cet article trois fois depuis la sortie du film. Tous les cinq ans, quelqu’un écrit à ce propos. Et je pense que je comprends pourquoi : personne n’est près de réaliser à nouveau un tel film, aujourd’hui et dans les années qui viennent. Il est très violent et il a été fait lorsque les cinéastes étaient au sommet de leur pouvoir, avec beaucoup d’argent. Nous avons pu faire exactement ce que nous voulions. Nous n’avons fait aucun compromis. Du coup c’était un peu décevant d’être incompris à sa sortie. Cela a eu des conséquences. Mais maintenant, c’est ce qui fait que le film n’a pas perdu de son intérêt ! C’est une œuvre d’art, si l’on peut dire, car il parle de différentes choses, il est complexe et mal compris.

Comment avez-vous reçu les critiques absurdes faites au film à l’époque ? La plupart des critiques américains n’ont pas compris la blague.

Certains ont compris mieux que d’autres. Étrangement, je ne m’en rappelle plus. Je sais que les gens ont raconté des choses. Et pour être honnête, je savais qu’il y allait y avoir un problème avec le film environ deux mois avant sa sortie. J’ai commencé à me poser des questions et personne d’autre ne comprenait ça. Je disais : « Les gars, ça ne va pas marcher. » Et tout le monde me trouvait rabat-joie. Quand le film est sorti, j’étais préparé. Verhoeven m’a dit plus tard : « Tu le savais, n’est-ce pas ? » Donc oui, il y a eu des difficultés au départ. Mais le fait qu’il soit sorti et qu’on ait pu le faire de cette façon tient du miracle.

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Il fait bon vivre sur Klendathu.

Le détournement cinématographique

Extrait du « Mode d’emploi du détournement », par Guy Debord et Gil Wolman.

« C’est évidemment dans le cadre cinématographique que le détournement peut atteindre à sa plus grande efficacité, et sans doute, pour ceux que la chose préoccupe, à sa plus grande beauté.

Les pouvoirs du cinéma sont si étendus, et l’absence de coordination de ces pouvoirs si flagrante, que presque tous les films qui dépassent la misérable moyenne peuvent alimenter des polémiques infinies entre divers spectateurs ou critiques professionnels. Ajoutons que seul le conformisme de ces gens les empêche de trouver des charmes aussi prenants et des défauts aussi criants dans les films de dernière catégorie. Pour dissiper un peu cette risible confusion des valeurs, disons que Naissance d’une nation, de Griffith, est un des films les plus importants de l’histoire du cinéma par la masse des apports nouveaux qu’il représente. D’autre part, c’est un film raciste : il ne mérite donc absolument pas d’être projeté sous sa forme actuelle. Mais son interdiction pure et simple pourrait passer pour regrettable dans le domaine, secondaire mais susceptible d’un meilleur usage, du cinéma. Il vaut bien mieux le détourner dans son ensemble, sans même qu’il soit besoin de toucher au montage, à l’aide d’une bande sonore qui en ferait une puissante dénonciation des horreurs de la guerre impérialiste et des activités du Ku-Klux-Klan qui, comme on sait, se poursuivent à l’heure actuelle aux États-Unis. »

Connaissez-vous Guy Debord ?

Oui, bien sûr.

Il a écrit un « mode d’emploi du détournement » dans lequel il explique que pour lutter contre le système, il faut en détourner le langage et les symboles. Starship Troopers est une belle mise en pratique de ce procédé.

Même si je ne connaissais pas ses travaux à l’époque, je crois que c’est précisément ce que j’ai essayé de faire. L’une des choses qui fait que Starship Troopers est différent de RoboCop et qu’il est plus osé, c’est que je l’ai écrit tout seul. Et je peins à gros traits. Il a la force d’une série B. On est dans l’exagération, toujours, c’est très vulgaire et ça vous explose au visage. Et c’est là-dessus que Paul et moi nous sommes entendus à merveille : dans la vraie vie, personne ne parle de ce dont parlent les personnages de Starship Troopers. C’est complètement stupide ! Ils parlent comme dans un mauvais film ! Nous en étions très conscients et nous en avons joué à fond en faisant croire aux gens que nous disions : « C’est débile, venez, on va se marrer ! » Parfois on en paye le prix et les gens disent que le film est stupide. Beaucoup ont dit à l’époque que c’était le film le plus con qu’ils avaient jamais vu ! Aujourd’hui ils diraient : « Ah, j’ai compris. » Et c’est pourquoi d’autres personnes l’ont tant aimé, parce qu’ils avaient compris la blague.

Est-ce un hasard si votre choix s’est porté sur Robert Heinlein, qui était un pilier du Citizen’s Advisory Council on National Space Policy, à l’origine du programme SDI (Strategic Defense Initiative) – que les médias ont appelé Star Wars ?

Je n’étais pas au courant de cela, mais ça ne me surprend pas du tout, je sais qu’il frayait avec ce genre de choses. À propos du programme SDI, c’est la dernière chose que j’ai ajoutée à RoboCop. Nous avons tourné le film et je continuais de penser qu’il y manquait quelque chose, et puis il y a eu l’affaire Star Wars aux infos et je me suis dit que j’allais pouvoir l’utiliser ! Mais je ne savais pas que Heinlein avait quoi que ce soit à voir avec ça, je n’avais lu que Starship Troopers. Vous savez, ce livre a été très important durant le Vietnam, beaucoup de soldats l’avaient lu. C’était un livre cher aux yeux de beaucoup de monde. Et étonnamment, personne n’en avait jamais acheté les droits avant nous. Nous étions les premiers. Comment est-ce possible ! C’était comme courtiser la plus jolie fille du lycée, et découvrir que personne ne l’avait fait avant vous ! (Rires) C’est peut-être très américain ce que je viens de dire, pas français du tout, si ?

Oh si, ça l’est !

Vous avez raison, c’est peut-être avant tout une idée française ! (Rires)

Votre carrière de scénariste s’est structurée autour de ces deux univers, que représentent RoboCop et Starship Troopers. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense que je suis feignant ! C’est un problème ! Non, je parlais de ça l’autre jour avec José Padilha, et j’ai finalement éclairci ce mystère car il rencontre un problème similaire. Je lui ai dit que nous vivions dans une culture guerrière. C’est ce qu’on dit quand on est un universitaire : « Je m’intéresse à la culture guerrière. » C’est-à-dire : je m’intéresse aux flics, à la guerre. Cette question que vous venez de me poser m’a beaucoup aidé dernièrement car je pensais aux mondes sur lesquels j’aimerais travailler, et je retourne malgré moi au monde des affaires. J’ai beaucoup pensé au business international.

Je pense que le seul souci est que j’aime écrire des satires et que vous n’êtes pas supposé écrire des satires. Ils ne veulent pas que vous en écriviez. Vous savez, si je me présente devant des producteurs et que je dis que je voudrais faire un film marrant sur le monde des affaires, ils vont me regarder bizarrement avant de me demander si je veux faire un Iron Man. Je pense que j’ai déjà eu beaucoup de chance que ces films se fassent, vu ce dont ils parlent et la manière dont ils touchent les gens. Je travaille à présent sur un projet qui n’est pas de la science-fiction, c’est un thriller romantique qui se déroule au Pentagone. Évidemment. Mais c’est tout à fait sérieux. Et ça me pose problème, comme si je voulais que ce soit à tout prix amusant. Je n’ai pas encore trouvé le bon équilibre. Souhaitez-moi bonne chance !

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Boîte noire

Interview with Ed Neumeier, screenwriter of RoboCop and Starship Troopers, the hijacking genius

27 years after its creation, RoboCop remains as one of the markers in film that managed to depict a future world which is nowadays rapidly becoming a reality. Starship Troopers, on the other hand, was one of Hollywood’s most daring stunts, and never got an easy ride. With the release of a new, rebooted RoboCop franchise under Bresilian director Jose Padilha’s helm, we catch up with Edward Neumeier, the original scriptwriter of both of these films.

How did you meet Paul Verhoeven?

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Paul Verhoeven in 1980.

My first meeting with Paul Verhoeven was because Orion Picture offered him a script that I wrote with Michael Miner for RoboCop. He was actually one of the later directors we went to, which was the idea of an executive named Barbara Boyle, he had made a movie for them called Flesh and Blood. You know, it was the best idea anybody ever had for this, of course! We came in and read the script, and he came over very quickly, I think, because of the scene where Murphy is murdered by Clarence Boddicker. That was the beginning of our conversation. I have known Paul for many years now and what I think often is how lucky I was to meet that guy at that time and that moment with my material. I think it might be true the other way around too but I wouldn’t push it! (laugh) He was just the right guy and he could really do this stuff: we got along so well on what we were trying to do. It was a kind of satire and comedy and it was a great deal of fun creatively to work on.

So I guess you’re good friends.

Oh yes, I think so! We have known each other for 35 years. I have to watch what I say because I don’t want to offend him, especially now with the new RoboCop and everything! It would make the holiday really difficult if I did it by accident. (laughs) What I always knew is that I was very lucky to stand five thousand breakfasts with Paul Verhoeven, talking about movies, politics and everything under the sun. He is just an extraordinary talented visualist, and I can’t imagine that the movie I made with him could have been made the same way by anybody else. Not even close. It’s still now very very clear. That’s my Paul Verhoeven.

Do you think there’s a link between RoboCop and Starship Troopers?

Well… besides Paul and I… yes, I do. I think the one grew up out of the other. Starship Troopers started in the last week of production of RoboCop in Pittsburg in a conversation Paul and I have walking on sunday after the apocalypse of a shooting week. It was really there that the idea began, but I had read the book many years earlier. I think it certainly has in it a vision of our collaboration post-RoboCop. It has a certain discipline that we always agreed upon. Because I knew him so well and I knew his story and how he had grown up and told stories about growing up under nazi Germany, that was kind in the back of his mind. That’s how it started. I knew right away it would be a satire, and a satire that combined tragical will and reasoned thought. I think Starship Troopers and RoboCop are very similar movies. The RoboCop character is much more poignant as a dramatic idea. Starship Troopers is a little bit more… you know, I met the director Walter Hill on a stage the other day and he was introduced to me and said: “Oh yes! Starship Troopers! That’s what I call an idea film!” and I thought: “Well yeah, thank you because you’re Walter Hill and you were told and that was that.” In some way to me, Starship Troopers is a sequel to RoboCop, it’s the next movie after RoboCop. There were many years inbetween but for me it works that way.

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Dead or alive, you’re coming with me!

How did you get the idea of creating RoboCop? Was he a kind of product of the United States at that time of History?

I think it is probably true. I grew up in the United States. I’m an American kid of the mid-century, I would say, upper-middle-class parents, if you want to call them that, who were educators. I travelled a little bit, which helped me. As a kid I was in Europe a lot, but they were very boyish adventures, like camping. I had a sense of the world in a way, even before I was thinking about RoboCop. I had a sense of writing an american tale about the end of one kind of industry, which would be the american automobile industry, and the next technology shift that was coming, which was embodied in RoboCop. Therefore I set it in Detroit. I had a couple of fights about it, I said it had to be in Detroit, it can’t be a anywhere else, I didn’t care where they shoot it but it had to be set in Detroit! (laughs) There was a kind of dramatic idea going on there. But I’ve forgotten your question, what was it again?

I asked you about the creation of RoboCop and its symbolical aspects.

“Even now with the new movie, I think it is still a compelling idea: how do we cope with technology? When we started in 1980’s thinking about that, and now we’re in 2014, I think it is the furthest we can see.”

Oh yeah! First and foremost, it was out of my interest about the decline of the automobile industry and what happened in business there. I was really interested in writing an aventure about american business in the 80’s. Because in the 80’s, like in the 90’s, like now… that was the first time I saw business men who looked like warriors, or James Bond. We were in a corporate world and the idea was to take that world in the future where corporations had taken a bigger part in the world. People would call it “privatisation” now, but those things were like they would happen anyway. So where the idea came from was out of my combined interest in science-fiction action and what I saw going on in the world around me and a time that I was coming up with a lot of these ideas: I was a junior executive myself. I thought as myself almost as the Kinney character who gets killed by an ED-209. You know, I was a bright young guy with a tie. (laugh).

I would say the idea of the character, and the notion of a robot policeman called RoboCop came to mind on the set of Blade Runner, because my office was nearby, and I used to walk home at night and pass by the set. I mean, if you put yourself in a location, that means something to you. It’s overwhelming. You get pretty creative, you get ideas because of incoming stimulus. The location is pretty important in forming ideas, forming scenes. Anyway, I had this in mind and I heard about a movie called Psycho that I hadn’t seen at that time, but I was really intrigued by the idea that Janet Leigh was killed of ten minutes into it. I thought it was cool. I thought: “Oh, it should be a guy… that becomes a machine.” Even now with the new movie, I think it is still a compelling idea: how do we cope with technology? When we started in 1980’s thinking about that, and now we’re in 2014, I think it is the furthest we can see. Our horizon is about coping with technical and technological changes. The movie starts with a man turned into a digital image. It’s the first thing that happens right after he dies! A digital image comes out. When I see our world now, I think we got a bunch of stuff interestingly right, in an artistic way.

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Blade Runner, by Ridley Scott (1982).

You said you found this idea of RoboCop on the set of Blade Runner.

I was on the set as a young man! 24 years old. You know, it was such a big set that no one knew who was working on it and who was not. So I just showed up and went: “Hey guys, what am I supposed to do?” and someone would tell me: “Oh! Go over there and take this trash and newspaper and make them wet and throw them all over the place!” You see me in this set and I desperately wanted to do a movie as I was working as an executive on screenwriting. Can you imagine a more interesting set to stumble on to on your way to the parking lot? So I worked all day and stayed up all night, as it was shot at night. RoboCop probably came “bang!”: like that. And it’s such a weird title when you think about it! When we were making the movie, at the beginning, everybody was embarassed to tell people the movie they were working on. (he plays the scene) “So what you’re working on ?” And they go up (he plays someone embarassed, speaking rapidly): “RoboCop.” It sounded so stupid! And one day, the movie came out and it wasn’t stupid anymore!

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Starship Troopers, by Robert Heinlein (1959).

Were you inspired by other authors of science-fiction?

Well, I’m not well read in science-fiction despite what you might think. Except for Robert Heinlein. I read its juveniles and Starship Troopers and some other stuff. I think I moved to other kind of action novels. I used to read a lot of Alistair MacLean, The Way to Dusty Death. I was interested in men who were men and solved their problems with guns. You know, I was American. RoboCop is as much informed by Clockwork Orange as it is by Dirty Harry. And with Peckinpah and Coppola, and of course, above all, George Lucas’s works of course. They meant a lot to me because I was just the right age to say: “Wow, they could be robots!”

When you were working on RoboCop, have you thought about it as a work of anticipation?

Well… it’s a satire! So it’s trying to do that and it’s trying to do it in an amusing way so when you look at it, you laugh, saying: “Oh it can’t be like that.” I kind of came up with a little formula that I used to use to figure things out: “It’s pretty bad right now, but I’m making it as bad as I can make it. It’s really bad, I going to jump out of it, and predict the future.” And you know what? I was pretty spot on. Someone asked me what did I miss the other day. Well, South Africa, obviously. But, there’s an asterisk there — because, it turns out, you know South Africa had a nuclear device if you remember the beginning of the movie — it’s the first line of the movie. And I think everybody thinks that’s not true, but actually they had four of them at the time the movie came out that they built with the Israeli government and they ended up getting rid of them without exploding them. I think we were trying to be playfully prescient, I don’t think we would ever be serious about being prescient but it turned as we were. You know, when you say things with the smart people you are working with, like the producer Jon Davison and Paul, and they were all “oh I like that”… then we were doing a movie! A lot of things turned out to be true, but also in Starship Troopers, a lot of things worked out as prescient things. It was written between wars, in reaction to one and anticipating the next, in a way.

We now have drones, private security companies, cameras everywhere and a massive surveillance over citizens. When you wrote the script for the new RoboCop, have you thought that what you wrote once has become a reality?

I must clear up something: I didn’t write the new one! I have credits on the new one but it was given to me because the script they produced was so closed to the script I wrote with my partner. I was never in a room with anybordy saying: “We should do this”, or: ”We should do that.” As a result, I’m actually quite pleased with what they have done because I have really anticipated it being much worse. Have you seen it by the way?

No, unfortunately not yet.

“RoboCop means a lot to some guys. It’s like a ritual. It’s about the first time you saw a movie you weren’t supposed to!”

A filmmaker saw it in France and called me saying: “I saw it ! I saw it !” It was an interesting call because he really didn’t think he was going to like it and he really did. He found a very political film and yet also very much in keeping with the original film. So it was an interesting thing to hear. The think I would say is that if you want to make a good RoboCop, you really need a good filmmaker. José Padilha is a really interesting film maker. He is smart, he knows how to do a movie. I don’t want to oversell the movie though, because there were things my friend did not like about it. One of them being the rating. How do you feel about it, does it bother you?

Maybe yes, in a way. I like 80’s action movies.

Yeah, he said it would be better if it were harder. More violent.

After all, the first one was very violent and marketed for children…

Yes, I would say the big problem with RoboCop is the brand. It has always been marketed down. In other words, the first movie was a really hard action movie with a lot of political content. Subsequently, there was a TV show for kids…

And toys!

Toys yes, and stuff like that. By the way, I love that. I love the toys, it’s my favorite thing! I could show you around my house all the toys I have… and I shouldn’t! (laugh) It is an expression and an expansion of the idea and so, what is interesting to me, is that people are sometimes coming to me saying with moist eyes: “It was the first movie my father showed me”, or: “That was the first horrid movie I ever saw I had to sneak out to see!” I don’t know if it is the case in France, but in the US and the UK, the movie means a lot to some guys. It’s like a ritual. It’s about the first time you saw a movie you weren’t supposed to! I’m really gratified if people feel that way.

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Your move, creep!

Are there any similarities between modern cops and the character of Alex Murphy?

In a way, yes. If you recall the original movie, they wear armor already. That was in the script, and the next step was this armoured guy, RoboCop, an armored cop ! RoboCop might exist as a fantasy for a lot of policemen. Policemen really liked this movie and they all liked to be RoboCop at some level. Despite what Mister Padilha has said in the press, that no one wants to be RoboCop, they like the invulnerability, the fact that you are doing this important job that no one really understands and so on. It would be interesting to ask if it is true with french policemen as well and if they also think of robocop that way. I mean, think about this scene as a cop : you meet a bad guy, a cop killer, and you read him its rights. But you read him its rights by throwing him through a glass window. With every right. That is a lot of fun to watch! I was affraid cops would be offended by that and I went to a screening that we did for a policemen charity fund and they just laugh at it and it was their favorite thing in the world!

What do you thing about Google buying a lot of robotic entreprises, including Boston Dynamics — which was a client of the US Army?

I feel it is something inevitable. What I used to think would happen is happening. Right now! The age of robotics is in our lifestyle now. It is happening for years already but it is going to start happening all around you. You can buy a car now that will put the brakes on if something is happening in front of you. That is just the begining of the sensors world we are gonna get into. Self driving cars are really close. You, sir, are going to be taken care of by robots!

“Paul and I even when we were making the movie we’re like: “Do they know what we’re doing? They don’t seem to know, do they?” And we made the movie we wanted to make.”

I believe we are living in science-fiction, and not only in robotics. Have you seen the movie Her? It’s a romantic comedy but I think it’s one of the most interesting movie about AI. It’s funny but it is something I could see happening in a way. I really thought halfway through the movie: “I might prefer the company of a device that can figure me out and say the right things to me.” When the movie talked to me that way, it told me what is about to happen to the human and the machines. If the humans start to relate emotionnaly to the machines, what is it going to be like? It’s pretty fascinating.

We can’t help but notice a kind of symmetry with your older movies: Reagan was elected in 1981 and RoboCop was released in 1987. The USSR fell in 1991 and Starship Troopers was released in 1997. Is that by chance?

You mean Ronald Reagan and I have something going together? (laughs) I don’t know, I’m probably like everybody else out of my times. I’ve lived through the Reagan Era. In a way, it’s just it got seven years to release Starship Troopers, such a long time! Paul and I even when we were making the movie we’re like: “Do they know what we’re doing? They don’t seem to know, do they?” And we made the movie we wanted to make. I have to say no one made us make that movie, and I’m very grateful to have done that. How do you feel about remaking that movie? Would you go see a remake of Starship Troopers?

I guess, but it would have to be by someone who know how to shoot a good action movie.

I agree. It can’t be like Total Recall. The new one is a terrible movie, so dull.

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The “heroes” of Starship Troopers

How did you get the idea of transforming the book Starship Troopers by Robert Heinlein which seems to be neither ironical nor critical of american policies?

“Every five years someone has written that about that movie. I think I understand why: no one is gonna make a movie like that again anytime soon, because it is a really weird movie.”

I think it was an exercise in some way, in trying to do a couple of things. Paul related to Starship Troopers as an anti-american military movie. It came right after the first Gulf War, but to me, what was more interesting was the media war. The way it played out almost reminded me of science-fiction, particulary at night with the green lights and electronics and stuff. To go back to the book, I read it a long time ago and… it is clearly a very straight up book about being a veteran, being in the army and that kind of stuff. When we were making the movie, the military advisor gave us a really hard time, he was pissed of because our movie wasn’t straight! He was like (he plays the role of the military advisor): “Yeah! I want it to be a training film for the XXII century men!” He was pissed of at me! I thought it was so dull to do it that way. If you wanted to do it, you needed to do it in some way where it was fun! That movie does something a lot of war movies don’t do: they don’t tell you at the end of the third act: “Hey, you’re with the guys that might not be the right guys!” And that is what our movie does! When Neil Patrick Harris comes out in an SS costume, Paul doesn’t actually need to kid around about it, because I always thought he would come out in one of their uniforms and say the speech he says, which is really thinking about people as numbers. He just says that it’s all numbers now, kids. And I remember when Neil comes out, dressed in this gigantic black, you know, royal SS uniform, it was like a gasp for the people in the audience. And I was not sure.

We put the scene in, we shot it and when the movie came out, there were some problems, people didn’t like some of that stuff and Paul was really unsure… When they saw the movie played, I think it was an absolute right thing to do. And people don’t like that sometimes, they are like: “Hey, your friend looks like a nazi!” But we show that it is the only way to play this game, that becomes war. We all grew up and wanted to play war or cops when we were kids, and the movie says: “Come on, play this game, but now we will talk as adults and understand what that means.” To me, it’s the useful thing to do for a movie. I wish more movies would try to do that, but it’s hard because you have to do it with someone smart like Verhoeven, you have to do it in a way they don’t see you’re doing it.

Speaking of understanding the movie, last november, the magazine The Atlantic wrote an article about Starship Troopers entitled “One of the most misunderstood movies ever”. Have you read it ?

I think I’ve read this article three times since the movie was released. Every five years someone has written that about that movie. I think I understand why: no one is gonna make a movie like that again anytime soon, because it is a really weird movie. It is really violent and it has been made when filmmakers were at the top of their power, with a lot of money. We got to do exactly what we wanted. We didn’t compromise on anything. And so I think, when it was released, it was a bit of a drag that we weren’t understood. It had consequences. But, now, that is what makes the movie interesting and durable! It is a piece of art because it talks about different things, it is complex and it is misunderstood.

What was in your mind when you read the absurd critical statements about Starship Troopers at the time of the release? Most american critics didn’t get the joke.

Well, you know, some of them did better than others. I strangely don’t remember. I know people said things. And to be frank, I kind of knew that there was gonna be a problem with the movie about two month before it came out. I just started wondering… and now one else understood. I was like: “Hey guys, it’s not gonna work out.” Somebody actually said: “You are an hedonic, Ed.” Hedonic, is a very fancy english word meaning “you are incapable of feeling joy”. And the movie came out and I was kind of prepared. Verhoeven later said to me: “You knew, didn’t you ?” So yes, there were initial difficulties. But the fact that it came out and was made that way is a kind of a miracle.

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From Klendathu with love.

Do you happen to know Guy Debord, the french philosopher?

Yeah, sure.

He theorized the hijacking strategy. He explains that in order to fight against the system, you need to hijack its codes, languages and symbols. We see a wonderful example of this strategy in Starship Troopers.

Yup, I think so!

“Lots of people said it was the most stupid movie they ever saw! And now, people would say: “I got it.” And that is why other people liked this movie, because it was for them a “oh I get it, it was funny.

Were you aware of the subversive nature of your script?

Although I did not know of his works, I believe I tried to do exactly what he was talking about. One of the things from Starship Troopers that makes it different from RoboCop and makes it a little bolder, is that it is me as a writer only, and I am painting in B tones. It has a power of B-movie things. And it’s all pushed, pushed, pushed, B, and it’s vulgar and its “BAM!”, like that! And that is why Paul and I got along very well : nobody talks about things that people do in Starship Troopers. It’s completely stupid! It’s like the way you talk about things in bad movies! We were aware of that and we were playing with that and using that as a “come on, this is fun, this is stupid, and we’re going to have fun!” Sometimes you pay the price for it and people say the movie is stupid. Lots of people said it was the most stupid movie they ever saw! And now, people would say: “I got it.

Was it by chance that you chose to adapt a book by Heinlein, who was a founder of the Citizen’s Advisory Council on National Space Policy that made the Strategic Defense Intiative commonly known as Star Wars?

You know I didn’t know about that connection but it does not surprise me because I know that he was around all that stuff. The Star Wars thing in RoboCop was the last thing I added to the movie. We shot the movie and I kept thinking that they was something I could add, then there was the Star Wars iniative in the news and of course I thought: “Oh that! I do know what to do with that!” I did not know Heinlein has to do with that, I just read Starship Troopers. You know that book was very important in Vietnam, a lot of soldiers read that book. It meant a lot to some people. And shockingly, no one ever bought the rights for Starship Troopers before us. We were the first ones. How could that be! It was like asking out the prettiest girl in school, and you found nobody had ever asked her out! That’s an american idea may not be a french idea! (laughs)

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Death from above.

Oh yes it is!

Probably a french idea first actually ! (laughs)

Your career as a scenarist has been built around these two universes, RoboCop and Starship Troopers. How do you explain it?

I think I’m lazy! That’s the problem! No, just the other day I talked about this with Jose Padilha, and I finally figured out the answer to this question because he has a similar problem. I said to him that we are in a warrior culture. That what you say when your an academics: “I’m interested in warrior culture.” And that is: I’m interested in the cops, I’m interested in war. That question you just asked me helped me lately because I was thinking about worlds I would like to play with, and one way to play with ideas is actually in businesses again. And I’ve been thinking a lot about international business. I think the biggest problem is that I like satire and you are not supposed to write satires. They don’t ever want you to write a satire.

You know, if I go into a room and say: “Hey, I want to do this funny thing about international business”, they will look at me and say: “Okay, can we get the Iron Man guy in here?” I feel I’ve been really lucky to get these movies made at all because of what they’re about and how they touch people. I’m working on something right now that is not science-fiction, it is a romantic murder thriller set in the Pentagon. Of course. But it is straight. And I feel a problem with it, like I don’t want to be straight, I want to be funny. I have found the right balance with it yet. Wish me luck!

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Black box


À propos des auteurs

Julien Cadot

Julien CadotRédacteur en chef, responsable de la rubrique Science, technologie et futur. Techno-critique consciencieux, préfère élever la réflexion plutôt que la voix.

Nicolas Prouillac

Nicolas ProuillacRédacteur en chef adjoint (Culture) – Auteur et cinéphile, car « le cinéma est une illusion qui rachète toutes les autres », comme aurait pu l’écrire Cioran s’il n’avait pas passé son temps à écouter Bach.

Arthur Scheuer

Arthur ScheuerFondateur et Directeur de publication.


Traduction



2 réponses à Entretien avec le scénariste de RoboCop et Starship Troopers : Ed Neumeier, Mozart du détournement

  1. Bordel les mecs, j’aime beaucoup ce que vous faites d’habitude, mais vos entretiens envoient du bois. Vraiment très intéressant. Et c’est encore plus savoureux quand on relit la critique de Starship Troopers par Christophe Honoré juste après. Merci!

  2. Yane

    J’ai adoré ces deux films.
    Vous ne détaillez pas la scène où il est question du projet StarWars. Le film est entrecoupé de flashs d’actualités qui permettent de faire avancer l’action et sont particulièrement savoureux et humoristiques.
    Donc ce flash raconte que des satellites de StarWars se sont retournés et que le laser s’est déclenché, détruisant je ne sais plus quelle banlieue huppée américaine et provoquant un certain nombre de morts dont 2 anciens présidents américains. Les images décrivent une catastrophe terrible mais c’est présenté comme un détail.
    Le sommet du film.
    Starship Troopers et le premier robocop consacrent le début de l’obsession sécuritaire américaine, intérieure puis extérieure, et c’est Minority Report qui clôt ce cycle hallucinant. Et là, on ne rit plus du tout, on a vraiment peur.
    Et toujours mine de rien, sans avoir l’air d’y toucher. Ces trois films ont utilisé la puissance de propagande hollywoodienne pour exposer des idées anticonformistes qui ont le mérite de présenter l’idéologie américaine à vif.

    Merci de cette interview.

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