Isaac Asimov : traduction en français de l'un de ses derniers entretiens

Publié le 25 novembre 2013 à 18:56 par RAGEMAG  | 0

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En 1988, l’écrivain de science-fiction polonais Slawek Wojtowicz a eu la chance de pouvoir rencontrer Isaac Asimov. Ils ont discuté tous les deux de science-fiction, de l’imaginaire de l’écrivain ancré dans un arrière-plan américain, de son aversion paradoxale pour les voyages et, évidemment, du futur. Alternant entre considérations littéraires et remarques personnelles, cet entretien permet de mieux saisir qui était l’un des romanciers de science-fiction les plus réputés et les plus prolifiques du XXe siècle. Avec la bénédiction de Slawek Wojtowicz, nous republions en français cette interview méconnue et pourtant si enrichissante.

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Qui êtes-vous, Isaac Asimov ?

Eh bien, je suis né en Union Soviétique en 1920, j’ai émigré aux États-Unis avec ma famille en 1923 et je vis à New York depuis ce temps-là. J’ai obtenu mon doctorat en physique à l’université de Columbia en 1948. Je suis marié, et j’ai deux enfants de mon premier mariage. J’ai commencé à lire de la science-fiction quand j’avais neuf ans. J’ai vendu ma première histoire quand j’en avais dix-huit et mon premier livre à trente ans. Depuis, j’ai publié 394 livres. J’ai 25 autres livres sous presses. Certains d’entre eux sont des romans à énigmes, d’autres des livres pour enfants, ou encore des livres scientifiques, littéraires, humoristiques, mythologiques — parmi ceux auxquels je pense.

À quoi ressemble votre vie quotidienne ?

Ce matin, j’ai fait mon éditorial scientifique hebdomadaire pour le syndicat du Los Angeles Times. Je travaille actuellement sur un roman, dont le premier jet en est à un peu plus de la moitié. Il sera bientôt temps d’écrire mon article mensuel pour le magazine Fantasy and science fiction. J’écris également une grande Histoire de la science, pour le moment j’en suis en 1945 ; il me reste donc une quarantaine d’années, mais ce sont des années très difficiles… j’ai donc encore beaucoup de travail. Tout ce que je fais c’est écrire. Je ne fais presque rien d’autre, si ce n’est manger, dormir et parler à ma femme. J’ai été élevé de manière simple et je n’ai jamais changé.

Le travail en 2014, vu par Asimov

« Le monde de 2014 n’aura que quelques métiers routiniers qui ne seront jamais mieux faits par des machines que par des êtres humains. La race humaine sera devenue pour cette raison une race soumise à la machine. Les écoles devront être orientées dans cette direction. [...] Tous les lycéens suivront des cours sur les fondamentaux de la technologie informatique, deviendront compétents dans l’arithmétique binaire et seront entraînés jusqu’à la perfection dans l’utilisation des langages informatiques qui seront développés à partir de ceux comme le très contemporain « Fortran » (pour « formula transition »).

Pour autant, la race humaine souffrira sérieusement de la maladie de l’ennui, une maladie qui se répand plus largement chaque année et qui augmente en intensité. Il y aura de sérieuses conséquences mentales, émotionnelles et sociologiques, et j’ose dire que la psychiatrie sera de loin, de très loin même la spécialité médicale la plus importante de 2014. Les quelque chanceux qui seront impliqués dans un travail artistique de toute sorte, formeront la véritable élite de l’espèce humaine, car eux seuls feront plus que servir une machine.

En effet, la spéculation la plus sombre que je puisse faire à propos de 2014 est que dans une société où le loisir est forcé, le seul mot le plus glorieux de notre vocabulaire sera travail ! »

Comment voyez-vous votre avenir ?

Je n’ai aucun projet particulier. Seulement, prendre garde d’être à court de romans. Souvent les éditeurs me demandent quelque chose de précis, et c’est ainsi que je sais ce que je ferai ensuite. [...] Je veux rester à l’écart d’Hollywood. S’ils sont en train de réaliser une de mes œuvres, ils devront trouver quelqu’un d’autre pour écrire le scénario. Enfin… De temps à autres, quelqu’un parle de le faire, mais jusqu’ici personne n’est parvenu à déterrer assez d’agent pour cela.

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Isaac Asimov

Avez-vous des préférences dans le choix des couvertures de vos livres ?

Pas du tout… Les éditeurs s’en occupent totalement. Ils ne me posent aucune question, et je ne leur donne aucun conseil : mon sens artistique est nul… Il y a un certain nombre de dessinateurs que j’aime beaucoup. Pour en nommer quelques-uns : Michael Whelan et Boris Vallejo sont parmi mes favoris. Je suis impressionné par eux, mais cela ne signifie rien : je ne sais pas si j’ai un quelconque goût artistique… Je ne suis même pas capable de tracer une ligne droite avec une règle…  Si quelqu’un voulait adapter une de mes histoires en bandes dessinées, je lui demanderais seulement de bien le faire. C’est tout.

Lisez-vous également de la littérature fantastique ? Que pensez-vous du Seigneur des Anneaux ?

J’aime Tolkien — je l’ai lu cinq fois. Honnêtement, je ne lis pas beaucoup ces temps-ci. Quand vous écrivez autant que je le fais, vous n’avez pas assez de temps pour lire. Chose curieuse, quand je lis, je m’oriente vers les énigmes policières, et je recherche plutôt les énigmes policières démodées. Je suis moi-même une personne très démodée…

Quelle sorte de science-fiction préférez-vous ?

« J’ai été élevé de manière simple et je n’ai jamais changé. »

Je trouve qu’il est difficile de comprendre les essais modernes, aussi, j’ai peur de rechercher des histoires simples, du genre de celles que j’écris moi-même. Les romans que j’ai écrits dans les années 1980 sont très proches de ceux que j’ai écrits dans les années 1940 et 1950 — ils sont même un peu démodés. Heureusement, les lecteurs les lisent quand même… Je préfère la science-fiction un peu démodée… Mon écrivain de SF favori est Arthur Clarke. Mais j’aime aussi  Fred Pohl or Larry Niven ou d’autres spécialistes du domaine. J’aime aussi Harlan Ellison, bien que ses histoires soient extrêmement émotionnelles. Pour autant, je ne me considère pas comme un juge de la bonne science-fiction, encore moins de la mienne.

Quelle place occupe la littérature classique dans votre vie ?

J’asimov_fondation_1ai bien peur que mes choix de lecture ne tiennent pas compte de la littérature classique… Je lis peu de fiction : de la science, des mathématiques, ce genre de choses. La plus grande partie de ce que j’écris, excepté mes romans, n’est pas de la fiction. Je m’intéresse aux évolutions scientifiques. Cela occupe finalement  l’essentiel de mes lectures.

Quels avenirs envisagez-vous pour l’humanité ?

Je suis tiraillé entre optimisme et pessimisme ; cela dépendra des choix que feront les hommes. J’imagine un monde informatisé, avec une main d’œuvre robotisée qui prendra en charge l’essentiel du travail pénible… Ou même un monde tourné vers l’espace, avec  des colons en orbite autour de la Terre, gagnant les astéroïdes. Je peux également voir un monde pollué dans lequel la qualité de vie diminue, ou un autre dans lequel nous sommes détruis par une guerre nucléaire. Rien n’est écrit, tout dépend de ce que nous décidons de faire. Naturellement, je préfèrerais voir la Civilisation se perpétuer et s’épanouir. C’est sans doute ce que tout le monde voudrait. Hélas, on continue à prendre des décisions qui fragilisent l’Humanité.

Quand j’ai écrit dans ma lettre que c’était formidable de vivre dans un monde en avance de 50 ans (par comparaison entre l’Europe de l’Est et les États-Unis), vous n’étiez pas d’accord. Pourquoi ?

Eh bien, vous pouvez toujours apprendre la technologie. Il y a cent ans, le Japon s’est mis cette idée en tête et a rattrapé l’Europe de l’Ouest. Quand il y a un modèle à suivre, c’est facile. Pourtant le progrès, tel que nous le pratiquons, signifie aussi probablement que nous polluons l’environnement plus que toute autre nation, et que nous gaspillons plus de ressources. Ce n’est pas particulièrement glorieux. Tous « progrès » n’est pas forcément un progrès.

Selon vous, qui sera le prochain président des États-Unis ? Est-ce que ce sera bien ou mal pour les États-Unis ?

« Je suis habitué à ce monde. Je sais comment y vivre, et il y a certaines choses que je ne veux pas abandonner — comme la médecine moderne. Sans cela, je serais déjà mort. »

Oh, je ne peux pas répondre. Je sais pour qui je vais voter — je voterai pour Dukakis. Mais je vote tout le temps Démocrate. Quelques fois je gagne, quelques fois non. Cette fois-ci encore, je voterai Démocrate.

Si vous choisissiez un lieu et une époque où vivre, quel serait votre choix ? Et pourquoi ?

Ce serait certainement maintenant, et ici. Je suis habitué à ce monde. Je sais comment y vivre, et il y a certaines choses que je ne veux pas abandonner — comme la médecine moderne. Sans cela, je serais déjà mort. Mon angine était très mauvaise, et je ne pensais pas avoir longtemps à vivre. J’ai eu un triple pontage et maintenant, je me sens bien… Il y a seize ans, on m’a enlevé la moitié de la thyroïde, à cause d’un cancer. Sans tout cela, je serais probablement mort à l’heure actuelle. C’est pourquoi je ne recherche pas une vie simple, sans antibiotiques, sans chirurgie moderne, sans anesthésiques… Dans la vie simple du passé, il y avait aussi des esclaves. Qui sait ? Je pourrais avoir été un esclave. Je préfère donc le présent, avec tous ses défauts.

Selon vous, quelle est la plus difficile barrière à vaincre pour réaliser les voyages interstellaires ?

La plus grande difficulté est la limite de la vitesse de la lumière. Aussi longtemps que l’on ne se déplace pas plus vite que la vitesse de la lumière, une vie n’est pas suffisante pour atteindre les plus proches étoiles. Dans le cas de vitesses proches de celles de la lumière, les voyageurs auraient l’impression de pouvoir atteindre une galaxie lointaine durant leur vie. Mais ici, sur Terre, des millions d’années se passeraient — de sorte qu’ils ne pourraient jamais revenir dans le monde qu’ils ont connu. Et j’ai peur qu’il n’y ait aucun moyen de vaincre ce problème…

Dans vos romans, les gens voyagent plus vite que la lumière…

C’est vrai ! Mais c’est dans des romans. Vous ne devez jamais mélanger les rêves avec la réalité. C’est facile de rêver, et c’est amusant de rêver. Mais si vous pensez vraiment que la réalité peut s’adapter à vos rêves, alors j’ai peur que vous ne soyez pas très sain d’esprit… Je suis sain d’esprit. Je sais ce qui est réel et ce qui est un rêve.

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Trantor, vue d’artiste par Jared Shear

Notre perception et notre connaissance de ce monde sont basées sur les théories de la Relativité Général d’Einstein, mais celles-ci peuvent être remplacées dans l’avenir par de meilleures, tout comme les théories de Newton ont été…

Je sais, et dans mes livres, je prends toujours soin de mettre en évidence qu’il y a des choses que nous ne savons pas, et que la Relativité Générale d’Einstein fait partie de cet Univers. Peut-être pouvons-nous sortir de cet Univers. Peut-être y a-t-il des lois plus profondes que nous ne comprenons pas encore. Peut-être… Je dis ceci, parce que je suis un bon écrivain de science-fiction et que je ne fais pas les choses sans essayer de les justifier. Mais je n’y crois pas vraiment.

Est-il vrai que vous n’aimez pas voyager ?

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Harry Seldon, héros du Cycle de Fondation

Certainement ! Je ne prends jamais l’avion et je n’aime pas être loin de chez moi bien longtemps. Cela me simplifie la vie — c’est-à-dire que je repousse toutes les invitations à voyager sur de longues distances, et je ne voyage pas souvent sur de courtes distances. Je reste ici avec ma machine à écrire, mes livres et ma petite vie tranquille. Et j’aime ça.

Alors vous ne pourrez pas assister à notre Convention Nationale, Polcon, qui aura lieu en décembre prochain à Gdansk ?

Désolé, je n’assiste que très rarement aux Conventions. Je ne vais pas à la Nouvelle-Orléans. Je pense que l’année prochaine cette convention aura lieu à Boston. Je peux bien aller jusqu’à Boston.

Si nous organisions la Convention Mondiale à Gdansk, y assisteriez-vous ?

Non, je crains que non. La seule manière d’y aller serait en bateau, et seulement si j’avais le temps. Mais ce n’est pas très agréable… Je suis terriblement désolé. Je voudrais bien voir Gdansk, après tout, c’est la ville où commença la Première Guerre mondiale, et c’est maintenant une ville très vivante. Mais je ne pense pas en avoir l’occasion.

Vous pourriez être familier de l’histoire de la Pologne… ?

Oh, oui ! Je connais l’histoire du monde entier. Oui ! Premiers morcellements en 1772, seconds morcellements en 1793, troisièmes morcellements en 1795, le Grand-duché de Varsovie sous Napoléon, la révolte contre la Russie en 1863… Je connais tout cela.

Et avant les morcellements ?

Bien sûr ! Je connais le mariage de Jadwiga et Jagiello, et que la Pologne était un grand pays en ce temps-là, et Jan Sobieski qui sauva Vienne en 1683…

À propos de l’histoire, croyez-vous en la théorie des cycles, en d’autres termes, que les gens tendent à répéter leurs erreurs, encore et encore ?

Malheureusement, ils le font. À bien des égards, les gens ne tirent pas d’enseignement du passé. Ils se battent en guerres civiles, appelant toujours des forces extérieures au secours d’un camp ou de l’autre. Ces forces extérieures les aident et prennent le contrôle du pays. Cela arrive encore et encore. Et ils ne semblent jamais avoir compris la leçon.

Les prédictions démographiques d’Isaac Asimov

La population mondiale est à présent de 3 milliards et elle double tous les 40 ans. Si ce taux continue d’être incontrôlé, alors un Monde-Manhattan est en train d’arriver et ce pour dans seulement 500 ans. Toute la terre sera un seul et même Manhattan étouffé d’ici 2450 et la société s’effondrera bien avant cela.

Il n’y a que deux façons générales d’empêcher cela : 1) augmenter le taux de mortalité ; 2) diminuer le taux de natalité. Le monde de 2014 sera sans aucun doute plus en accord avec la seconde proposition. En effet, l’utilisation grandissante de dispositifs mécaniques pour remplacer des cœurs et des reins vacillants, et pour réparer des artères raides et des nerfs brisés permettront de stopper le taux de mortalité encore plus et ont augmenté l’espérance de vie dans certaines régions du monde à 85 ans.

Par conséquent, il y aura une campagne mondiale de propagande en faveur du contrôle de la naissance par des méthodes rationnelles et humaines et, d’ici 2014, elle aura sans aucun doute un effet sérieux. Le taux d’augmentation de la population aura ralenti mais pas suffisamment, je le crains. En conséquence, l’une des plus sérieuses expositions de la World’s Fair 2014 sera une série de conférences, films et documentaires au Centre de Contrôle de la Population Mondiale (pour les adultes seulement ; les adolescents auront des séances spéciales).

Pensez-vous que l’espèce humaine changera radicalement durant son l’évolution ?

Eh bien, ceci est malheureusement impossible à prédire. En l’état actuel, je pense que nous allons nous exterminer avant de subir un quelconque étonnant changement. De plus, nous avons atteint un niveau où nous modifions notre environnement pour l’adapter à nos besoins, et par conséquent, la pression pour adapter ce changement d’environnement est moins forte. Deuxièmement, nous pouvons maintenant manipuler l’ingénierie de la génétique, donc nous pourrions changer nous-mêmes sans égard pour l’environnement. Simplement changer de la façon dont nous le désirons, et qui ne serait pas toujours sage. C’est pourquoi je pense que nous avons atteint un point où les événements du futur, aussi éloignés que les changements dus à l’évolution, sont absolument imprévisibles.

Pensez-vous que quelques personnes pourraient survivre à la guerre nucléaire ?

J’espère que ce ne sera pas moi ! Honnêtement, j’en doute — je serais trop âgé. Mais je pense que les survivants seront les plus malheureux. Après ce que nous avons fait à la terre, brûlant ses ressources, détruisant ses forêts, bouleversant son sol, ajouté à cela les retombées, la radioactivité, les gigantesques feux, les morts innombrables — ce serait impossible de reconstruire quoi que ce soit plus vite que les ères géologiques… Faire partie d’un petit groupe d’humains vivant péniblement avant le rideau final ne serait pas un grand plaisir…

Je n’ai jamais entendu parler d’une histoire écrite par vous, et dont l’action se situe dans le passé…

C’est vrai. Et la raison en est que je n’ai jamais été capable de trouver le temps de faire les recherches nécessaires. Jean Auel, qui a écrit Le clan de la caverne de l’ours et Les chasseurs de mammouth, a d’abord fait beaucoup de recherches, et y a passé des années. C’est pourquoi toutes mes fictions se situent dans le présent ou dans le futur. Et si c’est dans le présent, c’est un présent que je connais. Je ne cherche pas de lieux exotiques — toutes mes histoires de meurtre se déroulent à New York.

Avez-vous remarqué qu’il y a plusieurs ressemblances entre l’Empire romain et les États-Unis ?

« Je n’ai jamais vécu en Pologne. Si j’essayais de décrire une société future qui ait des ressemblances avec la culture polonaise actuelle, n’importe quelle personne ayant été en Pologne en rirait. »

Certaines personnes le pensent. J’ai souvent pensé, par exemple, que l’Allemagne nazie avait pris la place de Sparte en Europe. Et je me suis quelque peu amusé, durant la Seconde Guerre mondiale, à comparer la situation en Europe avec celle de la Grèce Antique du temps de la guerre du Péloponnèse, pour voir si je pouvais expliquer ce qui se passait alors… L’Histoire est si complexe que vous pouvez le faire de milliers de manières différentes. Toynbee a essayé de montrer que toutes les différentes civilisations suivent le même schéma, et je pense qu’il a échoué. Il a choisi un schéma que la civilisation classique utilisait et y a brutalement intégré tout le reste. C’est pourquoi s’il a été populaire en son temps, il est maintenant considéré comme quelqu’un n’ayant pas vraiment réussi.

Dans votre dernier roman Prélude à Fondation, j’ai trouvé plusieurs personnages et situations propres aux États-Unis. Êtes-vous d’accord ?

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Magnifico, vue d’artiste.

Vous devez comprendre que la seule culture que je connaisse et dans laquelle je me sente chez moi, c’est les États-Unis. Je ne peux guère utiliser une autre culture comme modèle, simplement parce que je ne connais pas assez les autres. Tout ce que je connais de l’histoire de la Pologne est ce que j’en ai lu. Je n’ai jamais vécu en Pologne, je n’ai jamais côtoyé la culture polonaise. Si j’essayais de décrire une société future qui ait des ressemblances avec la culture polonaise actuelle, n’importe quelle personne ayant été en Pologne en rirait. Je n’essaye donc pas. Il est important de connaître ses limites.

Ne pensez-vous pas que dans Prélude, il est bien plus question de nourriture que dans vos romans précédents. Vous aimez la cuisine ? Laquelle préférez-vous ?

Je n’avais pas remarqué ! Mais c’est bien possible ! Et involontaire. Si c’est le cas, c’est le hasard. Maintenant que j’y pense… peut-être. J’étais anxieux de montrer différentes cultures, et une façon de faire est de montrer ce que les gens mangent, s’ils mangent seuls ou ensemble, vous voyez, des choses comme ça. Je ne peux pas vraiment discuter des arts ou du sport parce que je n’y connais rien, mais par contre, comme tout le monde, je mange. Si j’aime la cuisine… Je fais des efforts constants pour ne pas prendre de poids et une des raisons en est que j’adore en principe tous les genres de nourriture. J’aime la cuisine chinoise, française et italienne, aussi bien que les sauces polonaises… Je ne sais pas ce qu’est un plat typiquement polonais, mais si quelqu’un m’en proposait un, je l’aimerais très probablement. Voilà. Oh, je mange également dans des restaurants russes — nous avons ici, à New York, des restaurants de toutes sortes d’ethnies, et ma femme et moi nous en connaissons un grand nombre.

Et que pensez-vous des plats vite prêts ?

Ma femme ne me laisserait pas faire. J’adore les hamburgers, les hot-dogs, toutes ces choses — je serais heureux d’en manger — mais elle ne me laissera pas. Elle veut me garder en vie.

Selon vous, quel personnage est le plus proche de vous dans vos romans ?

Je suppose que ce serait Elijah Bailey dans Les cavernes d’acier, Sous les feux du soleil et Les robots de l’aube. C’est une personne qui possède les vertus que je voudrais, et les défauts que je me connais.

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Arkady, héroïne, vue d’artiste

Croyez-vous qu’il y a une place pour les robots, dans le futur proche de l’humanité ?

Oui, je pense que, si nous survivons, nous allons développer les robots et le monde robotisé de l’avenir ressemblera un peu plus à celui que je décrivais il y a quarante… presque cinquante ans.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer à écrire des romans ?

Une chose qui me motive est que les lecteurs semblent les aimer et je reçois d’innombrables lettres disant : « Écrirez-vous un nouveau roman ? », « S’il vous plaît, écrivez un nouveau roman », « Nous attendons un nouveau roman ». Une autre raison est mes éditeurs, qui me disent qu’ils me tueront si je n’écris pas de nouveau roman, et la troisième raison est le maigre argent que j’y gagne. Je tiens à m’assurer que si je meurs, ma femme et mes enfants seront à l’abri du besoin. Bien sûr je ressens un plaisir à l’écriture, mais j’ai plus de plaisir à écrire de la non-fiction que de la fiction. Et dans la fiction, j’ai plus de plaisir avec les énigmes policières qu’avec la science-fiction. Plus j’ai de plaisir à écrire quelque chose de particulier, moins je gagne d’argent. Ainsi, alors que c’est avec la science-fiction que j’ai le moins de plaisir, c’est avec elle que je gagne le plus d’argent. Qu’est-ce que j’y peux ?

S’il vous plaît, continuez à écrire !

Je le ferai. S’il vous plaît, quand vous rentrerez chez vous, dites à tout le monde à Gdansk et dans toute la Pologne, que parfois je regrette de ne pas voyager, ainsi je pourrais rencontrer mes fans en Pologne et dans le monde entier. Mais malheureusement, la vérité est que je ne voyage pas. Ainsi, cela doit être fait de cette manière, grâce au miracle de la science moderne : ma voix enregistrée et quelqu’un qui voyage par avion pour venir me voir…

Traduction française par Jean-Claude Monot, reprise, ré-édition et mise en page par Nicolas Prouillac, Anaïs Cognard et Arthur Scheuer.

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