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« Satan est la raison pour laquelle je me lève le matin » : entretien avec le groupe de metal Shining

Publié le 6 décembre 2013 à 9:29 par Nicolas Prouillac | 6

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Pour le commun des mortels, metal est synonyme de bruit et de fureur. Mais entre toutes les variations du genre, le black metal scandinave est assurément la plus terrifiante. Qu’à cela ne tienne, nous sommes allés chercher la bête noire de la scène suédoise : Shining. En l’espace de huit albums, le groupe a acquis une réputation sulfureuse à l’internationale, tant pour l’extrême noirceur de ses compositions que pour ses prestations controversées. Mais pour qui n’est pas rompu à l’art subtil de la scarification et des rites sataniques, l’un comme l’autre sont carrément rédhibitoires. De passage à Paris samedi dernier, nous avons rencontré son charismatique leader Niklas Kvarforth pour nous ouvrir les portes de leur univers (joyeusement) répugnant.

Ce soir, la rue Oberkampf s’est parée des couleurs du deuil pour accueillir les Suédois de Shining. Les passants reluquent d’un œil inquiet la troupe d’amateurs de metal pressée aux portes du Nouveau Casino. Cheveux longs, vêtements noirs, croix renversées floquées sur les t-shirts et bracelets hérissés de pointes : chacun des codes esthétiques adoptés par les membres de cette communauté est fait pour rebuter le chaland. Mais les amateurs de guitares saturées savent bien que derrière cette vitrine funeste se cachent généralement de sympathiques passionnés, venus célébrer le démon cornu dans la joie et la bonne humeur, au son d’une musique impie. Généralement… parce que Shining, c’est autre chose.

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Shining, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

Fondé en 1996 par le tout jeune Niklas Kvarforth, le groupe délaisse rapidement l’influence des pontes du black metal norvégien pour bâtir un édifice musical aux tendances suicidaires, loin des références à la mythologie nordique et des diatribes antichrétiennes en vogue dans le milieu. Pour Niklas, il n’est pas question de s’exhiber sur scène déguisé en panda pour amuser la galerie et choquer les Associations Familiales Catholiques, mais bien d’amener l’auditeur à s’autodétruire au son de sa musique. Sur scène, il apparaît régulièrement les bras tailladés, brandissant une bouteille de Jack Daniel’s dans une main, un long couteau dans l’autre, adressant à la foule des sourires venimeux et des regards psychotiques. On aurait peine à dénombrer les obscénités dont il fit montre par le passé et c’est avec une certaine appréhension mêlée d’excitation qu’on attend l’heure de le rencontrer. Grand provocateur soucieux de son image, il n’a jamais caché son aversion pour la presse et ne manque pas une occasion de déstabiliser ses interlocuteurs lors des interviews, ce qui lui a valu de s’attirer les foudres d’une partie de son auditoire, peu encline à marier la musique du groupe et l’image peu attrayante véhiculée par les frasques de son meneur.

Leur manager m’introduit auprès de Niklas sur la mezzanine du Nouveau Casino et ce dernier suggère qu’on aille boire un verre dans un troquet du coin, loin du brouhaha qui règne dans la salle pendant la prestation des Norvégiens de Crest of Darkness. Accompagnés du nouveau batteur du groupe, le Finlandais Rainer Tuomikanto, on s’attable au fond d’un bar lounge désert à cette heure, un cadre insolite pour s’entretenir avec ce personnage sulfureux. Une fois le premier shot de Jägermeister avalé, la conversation peut démarrer sur un ton détendu et amical, où seront évoqués pêle-mêle son adoration pour Satan, ce « hippie » de Charles Manson, le modèle social suédois et la Corée du Nord.

Comment êtes-vous venus à la musique ?

Rainer Tuomikanto : Je pense qu’on naît avec.

Niklas Kvarforth : Oui, on naît avec.

RT : Il n’y a pas d’autre option.

NK : Si, il y en a d’autres, mais pas pour les gens comme nous.

Comme avoir un boulot normal ?

NK : Tu peux, bien sûr, mais si tu es un artiste, je pense que tu perdras ton âme après deux mois passés à bosser à l’usine.

RT : Tu ne peux pas y assouvir ton besoin d’expression…

NK : Donc tu te retrouves à t’exprimer dans la rue, en te battant avec des gens par exemple. Parce que ça doit sortir, d’une manière ou d’une autre. Je pense que c’est l’aspect le plus important pour un artiste, qu’il soit musicien, peintre, etc. Quoi que tu fasses, si tu ne le fais pas avec le cœur, c’est inutile. Mais si tu as vraiment quelque chose en toi, ça s’exprimera par tous les moyens, et souvent de manière très violente. La créativité aussi peut être violente, mais c’est sûrement un meilleur exutoire. J’adorerais voir les gens se tirer dessus dans la rue, évidemment, mais bon…

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth, par Jeanne Frank pour RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

La scarification pour les nuls

« Dis monsieur, pourquoi tu te fais du mal comme ça ? » C’est la question que tout être normalement constitué doit se poser devant le spectacle d’un type qui se lacère les bras à coups de schlass avant de hurler dans un micro. Déjà, pourquoi crie-t-il de la sorte, cet énergumène ?

Le postulat de base, c’est que le monsieur va mal. On chante rarement les blessures de l’âme d’une voix fluette, comme en témoignent les poignantes complaintes des bluesmen afro-américains. D’ailleurs, le growl (ou grunt), la technique vocale prisée des chanteurs de death metal (chant grave et caverneux) et de black metal (chant haut placé et guttural), est une dérive lointaine de la technique éponyme utilisée en jazz, par Louis Armstrong notamment, qui désigne une contraction des cordes vocales de l’instrumentiste pour moduler sa voix en un grognement lorsqu’il chante ou souffle dans sa trompette. Mais à un stade plus basique, le hurlement est l’expression la plus naturelle d’une souffrance, qu’on se cogne le petit orteil dans un meuble Ikea ou qu’on chante sa dépression en suédois.

Mais venons-en à la scarification. On a coutume d’en distinguer deux types : celle relevant d’une pratique rituelle tribale et celle ayant trait à l’automutilation. La scarification sociale symbolise généralement le passage à l’âge adulte ou l’appartenance à un groupe particulier, quand les lésions auto-infligées expriment le mal-être ressenti par leur auteur. Mais ces deux manifestations sont-elles vraiment antinomiques ? S’il est courant de circonscrire l’automutilation aux souffrances adolescentes, à une forme épidermique d’appel à l’aide, on omet souvent – car on n’en a pas fait l’expérience soi-même – la puissante décharge d’endorphines que procure un tel geste, et qui peut conduire à sa ritualisation addictive.

C’est de son propre aveu la raison pour laquelle Niklas Kvarforth se taillade sur scène : sa musique exige de lui qu’il se plonge dans un état de négativité intense, et pour provoquer le surgissement de cette négativité, il a parfois besoin de recourir à des moyens extrêmes, comme autant d’incantations rituelles invoquant son démon intérieur.

À quoi ressemblait ton enfance en Suède ?

NK : J’ai grandi à Stockholm, dans les banlieues. Ce qu’on appellerait à Paris le « ghetto » – ce qui, je pense, est une très bonne école. Surtout quand nous sommes en tournée et qu’on rencontre tous ces black-métalleux qui te disent qu’ils ont vécu des moments difficiles, comme la fois où leur père a refusé de payer leurs factures… Tout le monde devrait avoir un flingue sur la tempe une fois dans sa vie, juste pour savoir combien tu as envie de vivre. Mais j’ai eu une belle enfance, à vrai dire. Aucun problème particulier… enfin bien sûr, j’en ai causé beaucoup, mais qui ne l’a pas fait ?

Et Shining, que tu as créé à 16 ans, vient de ce que tu as vécu à l’époque ?

NK : Tout ce que tu fais vient de tout ce que tu as vécu ou de tout ce que tu t’apprêtes à vivre. Car tout ce que tu fais est un produit de ton environnement. Bien que tu ne puisses jamais rejeter la faute sur lui, d’après moi, comme le font la plupart des gens… Mais les gens qui disent « je me suis inspiré de tel bouquin ou de tel film », c’est des conneries. Tu t’inspires d’absolument tout ce qui t’entoure, et même si c’est un mauvais film, il sera quand même imprimé dans ta tête.

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Niklas Kvarforth, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

En parlant de films, est-ce que tu as vu Morse, de Tomas Alfredson ?

NK : Oui, c’est un très beau film, mais j’ai toujours trouvé les vampires un peu trop chochottes à mon goût.

RT : Surtout les vampires suédois.

Est-ce que ça t’a rappelé ton enfance ?

NK : Quoi ? Les vampires ?!

Non, l’environnement avec lequel le gamin est confronté dans le film.

NK : Absolument pas. Mon père était un criminel, mais je n’en ai pas eu conscience avant mes 6 ou 7 ans. Et ma mère était juste… (Il reste silencieux un moment.) ma mère. Elle ne m’a jamais rien fait de mal avant mes 20 ans. Donc je ne dirais pas que j’ai eu une vie particulièrement sombre, et puis j’avais des amis, ou du moins le prétendaient-ils. Et je les manipulais. C’est pourquoi je n’en ai plus eu tellement après ça. Non, je n’ai pas eu d’enfance difficile. J’ai tenté de la rendre difficile, et j’y ai réussi d’une certaine façon, mais l’un dans l’autre, non, pas vraiment.

Peux-tu nous parler de l’époque où tu vivais en Norvège ?

NK : C’était une grosse erreur. La vie est deux fois plus chère qu’en Suède, les filles sont horriblement laides…

RT : Tout sent le poisson là-bas.

NK : Ouais. Tout le monde parle de la Norvège comme étant un pays magnifique et blablabla, mais c’est juste une putain de ferme géante bourrée ras-la-gueule d’héroïne. J’y ai travaillé comme barman. Tu m’imagines en barman ?

Pas vraiment, non. Est-il vrai que tu as dû te prostituer là-bas ?

NK : Oui. Mais rien à voir avec le fait que j’étais barman. C’était à cause de l’héro – ce que je ne fais plus aujourd’hui. Mais si tu es intéressé, je peux te faire un bon prix. (Ils rient.)

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth et Rainer Tuomikanto, par Jeanne Frank pour RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

Qu’est-ce que Satan pour toi ?

NK : Tu veux que je te fasse une imitation de Gaahl, avec mon verre de vin dans les mains, ou tu veux que je sois honnête ?

« Je veux me marier dans les règles, ce serait pour moi le blasphème ultime. Et ma femme sera à mes côtés, pleinement consciente du fait qu’elle s’assiéra sur mon visage pour me pisser dans la bouche directement après la cérémonie. »

Sois honnête.

NK : C’est ma vie. Le Démon est tout pour moi, c’est mon moteur, la raison pour laquelle je me lève le matin. Mais tu sais, le terme « Satan » peut être utilisé de différentes manières, selon que tu sois religieux ou pas. Mais je n’ai jamais été très à l’aise avec le fait de parler de religion. Pour la simple raison que tout le monde en parle mais que personne n’a la moindre idée de ce dont il s’agit. Et ça me gonfle. Ils blasphèment le Seigneur, le Démon, en usant de Son énergie ou en Lui adressant des louanges piochées dans des bouquins, mais qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes. C’est répugnant. Satan est une chose sacrée et Il devrait être traité de la sorte.

Donc quand tu en parles, ce n’est pas de la même manière que… disons, Anton LaVey ?

NK : Non, je ne suis pas un putain de hippie. Ils disent que lui et Charles Manson marquent la fin de l’époque hippie, mais en réalité c’en était le commencement d’après moi. Parce que d’un coup, tu pouvais tuer les gens pour que dalle. LaVey a réduit Satan à une simple expression, et c’est très courant dans le black metal. C’est la raison pour laquelle la scène black est majoritairement composée d’une bande de mongoliens. Il est très facile de dire : « j’ai bousillé ma vie, j’ai fait de mauvaises choses, mais je suis sataniste donc ça va. » En fin de compte, ils se sentent merdiques à l’intérieur. C’est devenu une excuse pour pouvoir dire « je suis accroc à l’héroïne, mais tout va bien », ce genre de conneries.

RT : C’est une justification.

NK : Oui, c’est une justification pour être un imbécile.

Tu t’es marié dans une église catholique…

NK : Non. Fort heureusement, j’ai mis un terme à cette relation.

Ok. Mais à l’époque, il semblait très important pour toi de le faire de cette manière. Tu peux nous expliquer pourquoi ?

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth par Jeanne Frank pour RAGEMAG.

NK : Je suis religieux, mais je ne suis pas chrétien. Je suis sataniste. Mais j’ai le sentiment que si je devais me marier, il faudrait le faire de la bonne manière. Je ne me retrouverais pas dans la forêt avec de la peinture sur la gueule et une putain de torche. Je veux le faire proprement, et ce serait pour moi le blasphème ultime, dans le bon sens du terme : me tenir droit et confesser devant le Seigneur, le Christ dans ce cas. Et ma femme sera à mes côtés, pleinement consciente du fait qu’elle s’assiéra sur mon visage pour me pisser dans la bouche directement après la cérémonie. Et puis j’aime la cérémonie catholique. Les protestants… tu pourrais aller te marier dans les chiottes du bar si tu en avais envie.

Donc ce n’était pas une provocation ?

NK : Non. Mais bien sûr, les gens l’ont vu comme une tentative de ma part de provoquer les chrétiens. Qu’ils aillent se faire mettre ! Qu’est-ce qu’il y a de provocant là-dedans ? Les gens ne comprennent pas que des fois tu dois faire des choses qui ont réellement de la valeur et du sens.

Il y a quelques années, Shining tournait exclusivement autour de toi. Est-ce que tu l’envisages davantage comme un groupe aujourd’hui ?

RT : On en parle depuis mon arrivée dans la formation. Niklas nous a affirmé qu’il voulait qu’on forme un véritable groupe, et qu’il ne soit plus uniquement question de lui.

NK : Il est impossible de se détacher de moi pour les médias, évidemment. Mais en coulisses, on doit être un groupe.

Comment ça s’est passé ?

« On veut se tenir main dans la main lorsque Kim Jong-un appuiera sur le bouton pour déclencher l’holocauste nucléaire. »

NK : Je suis fatigué de devoir changer de zikos chaque semaine, je voulais retrouver du sens à tout ça. Et j’ai toujours voulu avoir un vrai groupe, mais c’était impossible par le passé parce que les musiciens ne sont pas assez sérieux quant à ce qu’ils veulent faire de leur vie. Rainer et moi avons joué avec beaucoup de gens qui te disent qu’il faut travailler dur. Mais au premier obstacle, toutes ces belles paroles partent en fumée, c’est triste. Et c’est la raison pour laquelle tant de groupes se plantent, je crois. Les mecs pensent que ça se résume à enregistrer des albums, gagner de l’argent et faire des concerts. C’est bien, mais il faut aussi savoir s’en occuper et faire front quand les emmerdes arrivent.

RT : Et on a un bon line-up en ce moment, on ferait aussi bien de s’y tenir et de construire là-dessus un vrai sens de l’unité.

NK : Chose qu’on entend rarement dans l’interview d’un groupe qui voudrait voir tout le monde crever – ce qui est notre cas. Mais il faut bien qu’il y ait de l’amitié. On veut se tenir main dans la main lorsque Kim Jong-un appuiera sur le bouton pour déclencher l’holocauste nucléaire.

RT : Ah mec, c’est magnifique, putain ! (Ils éclatent de rire et se prennent dans les bras.)

Shining / RAGEMAG

Rainer Tuomikanto, par Jeanne Frank pour RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

Comment expliques-tu que vos prestations soient moins choquantes aujourd’hui qu’auparavant ?

NK : Je ne sais pas… je veux dire quand Alice Cooper faisait un concert au début des années 1960, tout le monde trouvait ça choquant, mais en 1965, ça n’avait plus le même effet. Je n’ai pas vraiment compris ce que les gens y ont vu de si choquant. Quand j’embrasse les gars par exemple…

Je pensais plutôt à la fois où tu as distribué des lames de rasoir à la foule…

« Nous n’avons pas besoin de nous cacher derrière des masques ou des noms tirés de la mythologie, ce que tout le monde fait dans le milieu, parce qu’ils ont peur que leurs parents découvrent ce qu’ils font. »

NK : C’était une idée brillante. Mais j’ai pensé qu’on devrait faire une tournée où, quand tu achètes un ticket, ce serait une lame de rasoir. Du coup, chaque personne présente devrait avoir une lame de rasoir. Oh mon Dieu, imagine ça, le chaos que ça… non pas que j’imagine que tout le monde s’en servirait, mais il y a peut-être 1% des gens qui y seraient prêts. Tu sais, il y a un gamin assis dans une cave, quelque part, qui prépare un truc bien pire que tout ce que nous pouvons imaginer maintenant. Peut-être du cannibalisme en live, ou de la nécrophilie, quelque chose qui nous fera à dire à toi, moi et Rainer quand nous serons vieux, en écoutant nos disques : « qu’est-ce qu’ils foutent ces mômes ? Ils sont complètement tarés ! » Parce qu’il faut toujours que ce soit plus extrême, particulièrement dans le metal.

Hais-tu réellement les groupes de black metal qui utilisent le corpse paint ?

NK : Non, j’en aime un certain nombre du passé, bien sûr. C’est juste que je déteste que tout le monde copie tout se qui se fait. Personne n’est capable de penser par soi-même. J’aime cette esthétique, mais je veux dire, eh, c’était fini en 1997 ou 1998.

Certes, mais ce que tu fais (ou faisais) sur scène a grandement contribué à la réputation de Shining dans la scène metal. Quelle est la réelle différence entre eux et toi ?

NK : Quand tu te peins le visage – ce que j’ai fait quelques fois aussi –, tu te plonges dans un autre état d’esprit. Moi en tout cas. Je sais que ce n’est pas leur cas, parce qu’ils ont quand même l’air nerveux sur scène. Mais je n’ai pas besoin d’un masque. Nous n’avons pas besoin de nous cacher derrière des masques ou des noms tirés de la mythologie, ce que tout le monde fait dans le milieu, soit parce qu’ils ont peur que leurs parents découvrent ce qu’ils font, soit juste parce qu’ils ont peur de montrer leur vrai visage.

RT : Si le seul moyen que tu as trouvé pour avoir l’air crédible sur scène est de te peindre le visage, c’est qu’il y a du boulot, intérieurement aussi.

NK : On parle d’années de thérapie, là. (Ils rient.)

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth, par Jeanne Frank pour RAGEMAG.

En parlant de thérapie, tu as déclaré que Shining n’en était pas une pour toi, que le seul but était de gaver les gens de force avec ta musique. Est-ce que ce n’est pas un peu te voiler la face ?

« Qu’est-ce que Goethe a fait pour Les Souffrances du jeune Werther ? Il a créé une vague de suicides à travers toute l’Europe. Tu penses qu’il se disait « oh mon Dieu, je fais du mal aux gens ! » Moi je pense qu’il se branlait tous les soirs. »

NK : Non. Tu devrais me voir dans le bus pendant la tournée. Tu devrais me voir chez moi. Après chaque concert, je me hais dix fois plus. Et quelquefois c’est un vrai problème. Pas seulement pour moi mais aussi pour les autres. Bien sûr, ce n’est pas toujours le cas quand on passe une bonne soirée, quand il y a assez de putains pour me contenter – je suis désolé, sérieusement j’adore les putes. Ça fait partie des petites choses de la vie qui la rendent supportable. Et si quelqu’un dans le public se sent vraiment mal, ça me redonne aussi du tonus. Et les gens n’arrivent pas à comprendre ça, ils diront que c’est parce que je veux paraître extrême. Mais pas du tout. Si une personne se sent vraiment mal physiquement ou mentalement en écoutant ta musique, alors tu as vraiment réussi en tant qu’artiste, peu importe ce que les artistes en disent. Qu’est-ce que tu penses que Goethe a fait pour Les Souffrances du jeune Werther ? C’est un très bon exemple. Il a créé une vague de suicides à travers toute l’Europe. Tu penses qu’il restait assis à se dire « oh mon Dieu, je fais du mal aux gens ! Mais qu’ai-je fait ? » Je ne crois pas. Je pense qu’il se branlait tous les soirs.

C’est ce que tu vises ?

NK : Faire du mal ? Oui.

Et ça marche ?

NK : Parfois. Davantage par le passé, mais on va changer tout ça. Les gens se sentiront vraiment mal à l’aise avec ce qui arrive. Parce que si on se sent bien sur scène, les autres se sentent mal. C’est la parfaite…

RT : Le parfait équilibre.

NK : Voilà. L’équilibre dans le chaos.

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Niklas Kvarforth, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

Vous avez toujours eu des problèmes avec l’industrie musicale, comme récemment avec Redefining Darkness

RT : Ou est-ce l’industrie qui a un problème avec Shining ? Je ne sais pas.

NK : On est maudit.

Comment l’expliques-tu ?

NK : Eh bien peut-être que c’est dû au fait qu’on est fatigué de se faire emmerder par des gens qui tentent de contrôler ce qu’on fait artistiquement. Les gros labels, par exemple, te promettent toujours monts et merveilles et ne font au final que 10% de ce qui était prévu. Et les gens s’asseyent et se plaignent d’avoir des problèmes avec leur label… Ah bon, vraiment ? Tout le monde a un putain de problème avec un label, avec l’industrie ! Parce que l’industrie a un problème avec elle-même, elle arrive à peine à survivre. Donc je les comprends aussi. Mais s’ils me cherchent la merde, je leur rendrai coup pour coup.

En France – et en Europe plus généralement –, la Suède est perçue par beaucoup comme une société idéale. Vous êtes d’accord avec ça ?

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Shining, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

RT : Une société idéale ? Wow… ne me laisse pas répondre à ça, mec.

Allez…

RT : Non, ne me laisse pas répondre, s’il te plaît.

NK : Allez ! Fais-le.

RT : À chaque fois que je vais en Suède, j’ai une putain de nausée, et si c’est la direction que prend la Finlande, je ne veux plus y habiter. C’est horrible, putain. Je déteste le fait que nous devenons progressivement des petits clones des États-Unis. Ça me bouffe, putain. Pour moi une société idéale, ce serait de se barrer et de retourner vivre dans la nature. (Il rit.)

NK : Ce serait sympa. En Alaska. Sérieusement, je veux avoir une maison en Alaska un de ces jours. Devoir prendre l’avion pour aller faire ses courses, ce serait fantastique. On n’aurait plus à s’emmerder avec… J’ai besoin d’un autre verre. (Il se lève et se dirige vers le bar.)

Peut-être pas idéale, mais définitivement un modèle.

RT : Je suis très loin d’être d’accord avec ça. Moins le gouvernement s’occupe de nos vies, mieux je me porte. Je ne pense pas que les gens devraient être contrôlés en aucune façon. Ça ne mène qu’à des catastrophes. Mais c’est comme si les gens ne pouvaient différencier le bien du mal sans être guidés. On est pris pour des cons. C’est pour ça que je dis : retournons aux forêts !

NK : Ou bien la Corée du Nord fait ce qu’elle a à faire. (Ils éclatent de rire.)

Comment expliques-tu qu’une musique si extrême soit née en Scandinavie ?

NK : Elle n’est pas née en Scandinavie, elle a seulement été parfaite là-bas. Tu ne peux pas oublier ce qui s’est produit en Europe de l’Est, comme avec Master’s Hammer et Root… En ex-Yougoslavie, il y avait ces groupes dont on n’entend plus parler aujourd’hui, qui restent inconnus de la plupart des gens. Et puis tu as l’Amérique… et l’Angleterre : la nouvelle vague du heavy metal britannique, c’est là que ça a vraiment commencé, même si c’était tous des baltringues.

Ce que je veux dire, c’est qu’en Norvège et en Suède, c’est allé bien plus loin. Y a-t-il quelque chose là-bas qui…

« Comme je le disais, tu t’inspires de tout ce qui t’entoure. Je pense qu’il est difficile de faire un album torturé si tu vis sous le soleil de Floride avec un cocktail parasol dans les mains. »

NK : Des gamins frustrés qui voulaient voir le monde brûler.

RT : Oh oui. Et les églises avec.

NK : Mais ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que ces mecs avaient entre 14 et 16 ans. Quand tu es jeune, tu es plus susceptible d’être fanatique qu’en vieillissant, à moins d’être un complet sociopathe.

Donc il y a un lien entre la musique que tu joues et la société dans laquelle tu vis ?

NK : Évidemment. Comme je le disais, tu t’inspires de tout ce qui t’entoure. Je pense qu’il est difficile de faire un album torturé si tu vis sous le soleil de Floride avec un cocktail parasol dans les mains. But “when it rains, it pours.” (« Mais quand il pleut, ça coule », traduction littérale d’une expression anglaise signifiant qu’un malheur n’arrive jamais seul, et jeu de mot en rapport avec le climat suédois.)

RT : Et il y a toujours un genre d’influence négative. Quand tu vis dans une société en bonne santé, cela ne veut pas nécessairement dire que ta musique regorgera d’aspects positifs. Ça peut donner le résultat totalement inverse.

NK : En fait c’est bien plus juste que ce que j’ai pu dire avant. C’est ce que Rainer dit qu’il faut retenir.

RT : Tu vois ? On est un groupe.

NK : Il y a deux ans, je me serais énervé et je lui aurais éclaté mon verre dans la gueule. (Ils rient et trinquent.) Santé !

RT : Santé, mec !

NK : À la Corée du Nord. (Ils rient de plus belle.)

Et sinon, vous travaillez sur un nouvel album ?

NK : Oui.

Vous pouvez nous en…

NK : Non. Ça va être horrible.

Pourriez-vous donner une définition Shining, pour ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas le groupe ?

NK : Shining n’est pas un groupe, c’est un diagnostique.

Voyage (musical) au bout de l’enfer

L’entretien terminé (après que Niklas m’a fait un gros câlin), nous retournons dans la salle bondée du Nouveau Casino. Les deux groupes qui ouvraient la soirée ont réchauffé l’atmosphère et le public assemblé devant la scène attend fiévreusement la venue de Shining, des hurlements gutturaux de circonstance s’élevant aux quatre coins de la salle. Les lumières s’éteignent et les acclamations de la foule sont bientôt noyées dans l’introduction orchestrale aux accents wagnériens qui précède l’arrivée du groupe sur scène. Y succèdent les premières mesures incisives de Människa, O’Avskyvärda Människa (« Humain, ô méprisable humain »), issu de leur septième album Född Förlorare (« Né perdant ») : le ton est donné.

Si la musique de Shining n’a rien perdu de sa noirceur maladive, alternant passages violents et ponts mélodiques avec une rare maestria, l’humeur sur scène est plutôt… bon-enfant. Pas une goutte de sang ne sera versée ce soir. Kvarforth, bien sûr, n’a rien du gendre idéal lorsqu’il empoigne une groupie par les cheveux et renverse son visage pour lui cracher son whisky dans la bouche, mais force est d’admettre que l’homme est plus jovial qu’à l’habitude. Et ce n’est pas le bref hommage rendu aux Guns N’ Roses par les deux guitaristes du groupe lorsqu’ils entament les premières notes de Sweet Child O’ Mine qui viendra contredire cette impression. Le concert s’achève sur une interprétation poignante de For the God Below, qui clôturait le dernier album en date des Suédois, Redefining Darkness, sur une note très heavy.

Depuis ses débuts en 1996, le groupe aura fait couler des litres d’encre et de sang en raison de ses choquantes prestations scéniques, à propos desquelles Niklas n’a cessé d’affirmer que rien n’était jamais prémédité. Si l’on a maintes fois douté par le passé de la sincérité de telles déclarations au vu de l’impact considérable que ces débordements ont eus sur la réputation du groupe, Shining a fait la preuve ce soir-là que son moteur reste avant tout musical. Pour le meilleur.

 

Boîte noire

“Satan is the reason why I get up in the morning.”: an interview with Shining’s Niklas Kvarforth

For most mere mortals, Metal music is synonymous with noise and violence. Between all the different variations of Metal, Scandinavian Black Metal is surely the most terrifying of them all, and with that in mind, we went looking for the blackest sheep of the Swedish scene: Shining. 8 albums in and the band has acquired a blistering reputation worldwide attributed to the extreme darkness of their compositions as well as their controversial stage performances. After all, those who aren’t intimate with the art of scarification and satanic rituals might find them abhorrent. At a tour stop in Paris last Saturday, we met their charismatic leader Niklas Kvarforth who shed some light on their (happily) repugnant universe.

Tonight, Oberkampf Street is draped in black to receive the Swedish powerhouse that is Shining. Passers-by walk swiftly by the gang of metalheads grouped at the doors of the Nouveau Casino. Long hair, black apparel, inverted crosses on t-shirts and studded wristbands; each and every clothing aesthetic choice made to go against the grain of conformity and normality. Lovers of saturated guitar sounds will know well that behind these somber facades hides a joyous and passionate people that have come to celebrate the horned one in an ecstatic atmosphere, all to the sound of a godless groove. That might be a generalization, because well…Shining is a different beast altogether.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

Founded in 1996 by the young Niklas Kvarforth, the band quickly sets aside the doyens of Norwegian black metal to build a new musical stronghold that aspires to suicidal tendencies, a topic quite distant from Norse mythology and Anti-Christian diatribes so common to the genre. For Niklas, there’s no merit in dressing up like a panda to get a few laughs or offending the Catholic Family Associations – he wants to bring about the self-destruction of the listener through his music. On stage, he regularly appears with his arms cut up, holding up a bottle of Jack Daniel’s in one hand, a knife in the other, throwing venomous smiles and psychotic looks to his flock. We’d struggle to list out the obscenities that he’s committed, and so we wait for our first meeting with a feeling of apprehension muddled with excitement. A firebrand that worries about his image, he has never hidden his aversion to the press and never misses an opportunity to derail his inquisitors during interviews, which in turn has discredited him amongst some of his fans that would like his antics to stay out of the band’s music.

The manager introduces me to Niklas on the mezzanine of the Nouveau Casino, who promptly suggests that we go grab a drink in a local pub, far from the crowd amassed to hear Norwegian warm up act Crest of Darkness. In tow comes along the new Finnish Drummer, Rainer Tuomikanto, and we settle at the back of a deserted bar lounge – an unexpected setting for such an accursed character. After we knock back our first Jägermeister, the converstion starts to flow in a friendly and amicable way, in which he digresses into a wide variety of topics, from his adoration of Satan to Charles “the Hippie” Manson all the way to the Swedish social model and North Korea.

How did you come to making music?

Rainer Tuomikanto: You mean how did music became a part of my life? I guess you’re born with that.

Niklas Kvarforth: Yeah, you’re born with it.

RT: There is no second option, you know.

NK: Well, there are second options. But those options are not options that people like us can choose.

You mean like having a normal job?

NK: You could do that but, if you are an artist, I think that your soul will be drained after two months in a warehouse. And you know that you won’t make a difference if you just go and do some fucking stupid job.

RT: And you are not expressing yourself…

NK: So then you end up expressing yourself on the street, by fighting with people or something. It comes out, you know, one way or the other. I think that is the most important aspect of every artist, being a musician or a painter, etc. Whatever you do, if you don’t do it from the heart, there is really no necessity for it. But if you really have something inside of you, it has to come out and it will come out, often in very violent ways. But, you know, creative things can also be very violent. It’s a better outlet maybe. I mean I would like to see people shooting each other in the streets, of course, but… (He smiles.)

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth, by Jeanne Frank for RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

Scarification for dummies

“Hey sir, why are you hurting yourself ?” It’s a question that anyone in their right mind would ask themselves in front of the spectacle of a guy who is slashing up his arms before screaming down a microphone. To start off with, why is this maniac screaming like that?

Well the premise is that that this guy isn’t well. We rarely sing about the wounds of the soul with a sparkly voice, just think of the deep sorrowful wails from any afro-american bluesman. The growl (or grunt), the vocal technique preferred to death metal (deep and cavernous) and black metal (high and guttural) is somewhat derived from the same technique used in jazz, notably by Louis Armstrong, who could contract his vocal cords to turn his voice into a growl while singing or blowing in his trumpet. But on a more basic scale, the scream is the most natural expression of suffering, whether you stub your toe on your Ikea furniture or whether you sing your darkest depression in Swedish.

But let’s get back to scarification. There’s typically two types: one happens as part of a tribal ritual, the other is down to self-harm. Scarification generally symbolizes a coming of age, or in some cases it’s a badge of acceptance into a particular group, especially when said lesions express the self-loathing of the self-harmer. But are these two generalizations really contradictory? It might be natural to think that self-harming is conscribed to adolescents only, an epidermous SOS call, but we often forget – because we might have never experienced it – the rush of endorphins following the act, which may turn it into an addictive ritual.

Niklas Kvarforth confesses that this might be his reason for cutting himself up on stage; his music demands that he must plunge himself into a hyper-negative state, and to bring on that negativity he sometimes needs to recourse to these extreme methods, just like ritual incantations calling to his inner demons.

What was your childhood like in Sweden?

NK: I grew up in Stockholm. First in the suburbs, what in Paris, for example, would be called “the ghetto” – which I think forms you in a very good way. When we go on tour especially, we meet all these black metal people, and they’re claiming “oh fuck, I’ve been through hard times because one time my dad didn’t pay my credit card bill”, you know. Everyone should have a gun pointed at their head one time in their life just to see how much they want to live. But my childhood was actually very good. No problems… well, I caused a lot of problems of course, but who didn’t?

And does Shining come from what you experienced back then?

NK: Everything you do comes from everything that you have been through or everything that you’re going to be through. Because everything is a product of your environment. Although you can never blame the environment in my opinion, like people tend to do… But the point is… people say: “I take inspiration from that book and that movie.” Fuck that shit, you take inspiration from whatever you do, even if it’s a bad movie it will still be there implemented in your head.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

Did you see Let the Right One In, the movie by Tomas Alfredson?

NK: Yeah, it’s a beautiful movie, but I always thought vampires were a bit too gay for my taste.

RT: Especially Swedish vampires.

Did it remind you of your childhood?

NK: What? Vampires?!

No, I mean the environment the child is confronted with.

NK: Absolutely not. My father was a criminal, but I didn’t see much of that until I was maybe 6 or 7 years old. And my mother was just… (he remains silent for some time) my mother. She never did anything bad to me before I turned 20. So I wouldn’t say that I had a very dark life, and also I had friends, or people called “friends”. And I manipulated them. And that’s why I didn’t have any friend afterwards. I never had a bad childhood. I tried to make it bad. And I succeeded in some ways, sometimes, but all in all, no…

Could you tell us about the time you lived in Norway?

NK: That was a big mistake. I mean it’s twice as expensive as Sweden, the girls look horrible…

RT: Everything smells like fish.

NK: Yeah. Everyone talks about Norway being this beautiful country and blablablah, but it’s just an extended fucking farmhouse with a lot of heroin in it. I worked as a bartender there. Can you imagine me working as a bartender?

Not really. Is it true that you had to prostitute yourself there?

NK: Yes. But that was not because of the bartending job. That was because of the heroin – which I don’t do anymore. But, you know, I have a priceless for you if you want to… (They laugh.)

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth and Rainer Tuomikanto, by Jeanne Frank for RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

What is Satan to you?

NK: You want me to do a Gaahl impression because I have the glass or you want me to be honest?

“I want to get married properly and that would be the ultimate blasphemy: to stand there and confess to Christ. And to have my woman knowing that she will be sitting on top of my face and pissing in my mouth, directly after the ceremony.”

Be honest.

NK: It’s my life. The Devil is everything to me, the driving motivation, the reason why I get up in the morning. Then, you know, the term “Satan” can be universal, depending if you’re religious, if you’re not… I don’t know. But I never felt very comfortable discussing religion. Because of the simple fact that everyone does and they have no clue what they’re talking about. And it pisses me off. They blaspheme the Lord, the Devil, by using His energy or other blasphemic stuff like praising his name in contempt, without knowing it themselves. And that’s disgusting. The Devil is a holy thing, Satan is a holy thing and it should be treated as holy.

So when you speak of Him, you don’t do it in the same way that Anton LaVey did, for instance?

NK: No, I’m not a fucking hippie. They say that he and Charles Manson were the end of the hippie era, but actually it was the beginning in my opinion. Because all of a sudden you could kill people for fuck. LaVey used Satan to coin a term, and this is very common in the black metal scene. And that is why the black metal scene consists of mongoloids mostly. Because of the simple fact that it’s very easy to say: “I fucked up my life, I did something bad. But I’m a satanist so it’s fine.” But in the end, they feel badly on the inside. So they’re all really lost. But it has become an excuse – to say that you’re a satanist – to be able to say that “okay I’m a heroin addict, I’m a whatever”, because God would never forgive you for those things.

RT: It’s like a justification.

NK: Yeah, that’s a justification for being an idiot.

You got married in a catholic church…

NK: No. Fortunately I stopped the relationship.

Ok. But at that time, it seemed very important for you to do it this way. Could you explain why?

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth, by Jeanne Frank for RAGEMAG.

NK: I am religious, but I’m not a Christian. I am a Satanist. But I feel that if I was to get married, I would like to get married in a real way. I would not stand in the forest with corpse paint and a fucking torch. I want to do it properly and that would be the ultimate blasphemy in a good way for me: to stand there and confess to the Lord, and in that way to Christ. And to have my woman knowing that she will be sitting on top of my face and pissing in my mouth, directly after the ceremony. And getting married in a catholic way because also I love the ceremony the catholics have. The protestants, I mean you can fucking go to the toilets here and get married if you want to.

So it’s not really in a provocative way?

NK: No. But of course people saw it as if I was trying to be provocative about christianity and blablah… Fuck you! What’s provocative about that? For me, “provocative” means that people don’t understand that sometimes you have to do things that have actual value and meaning.

A few years ago, Shining was just about you, really. Do you see it more as a band today?

RT: We have been talking about that since I have been in the band, at least. And Niklas has been saying that he wants us to be an actual band, and not be just about him anymore.

NK: But I mean it’s impossible to get away from me as far as the media is concerned of course. But as a band, it has to be a band.

How dit it happen?

“We want to hold our hands while we see the bomb go off while Kim Jong-un presses the button.

NK: Well because I’m getting tired of changing band members every week and I wanted to have something with purpose again. And I’ve always wanted to have a band, but it has been impossible in the past because … music artists are not serious enough about what they want to do with their lives. We have both played with a lot of other people who… they go there and say: “we have to do this, we have to do that, we have to work…” and blablablah. But when it comes to something like one backslash or two backslashes, all of a sudden that idea or that ideology does not exist anymore, which is sad. And that is the reason why I think bands can’t exist. Because everyone thinks they can record an album, earn money, and then go out and play shows. That’s fine, but someone has to take care of it as well.

RT: And we have a really good line up right now, so we might as well stick with that, and start building that kind of more firm internal relationship. As I said before, a sense of unity.

NK: Not very often can you hear in an interview a band claiming that they want everyone dead – which we do –, but there has to be friendship as well. We want to hold our hands while we see the bomb go off while Kim Jong-un presses the button.

RT: That’s fucking beautiful man! (They laugh and hug.)

Shining / RAGEMAG

Rainer Tuomikanto, by Jeanne Frank for RAGEMAG.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

How do you explain that your shows are less provocative than they used to be?

NK: I don’t know, I mean when Alice Cooper did a show in the sixties, everyone thought it was really provocative, but in 1965, all of a sudden everyone had already seen that… I didn’t really understand what people saw as provocative. The kisses that happened on stage for example…

I was thinking of the time you distributed razor blades to the crowd…

“We don’t need masks, and we don’t need to have some either made up or mythological names to hide behind, which is what I see what everyone is doing because either they’re afraid that their parents are going to find out what they’re doing.”

NK: That’s a brilliant idea, you know. Mine was that we should have a tour where, when you buy a ticket, it has to be a razor. So everyone who comes to the shows has to bring a razor. Oh my God just imagine that… the chaos that would… not that I think that everyone would just stand still anyway, but there are always maybe 1% out there that are, you know… There’s a kid sitting somewhere in a cellar, planning something way worse than anyone of us can imagine right now. Maybe, I don’t know, live cannibalism, live necrophilia, something which, when you and me and Rainer grow older, we’ll sit there listening to our personal records and go like: “what are these kids doing? They’re fucking crazy!” Because it always has to be more extreme, especially in the metal music scene, you know.

Do you really hate these black metal bands with their faces painted in black and white?

NK: No, I like some of them from the past of course. I just don’t like that everyone copies everything. No one can think for themselves. I like the aesthetics, but I mean, come on, the aesthetic lasts, and it was over in 1997 or 1998.

But still, what you do (or did) onstage contributed to increase significantly your reputation on the metal scene. What is the real difference between you and them?

NK: When you paint you face – I’ve done it a couple of times as well –, you feel as if you’re going into this different state of mind. I do. I know they don’t, because they still stand there and look nervous. But I don’t need a mask. And we don’t need masks, and we don’t need to have some either made up or mythological names to hide behind, which is what I see what everyone is doing because either they’re afraid that their parents are going to find out what they’re doing, or that they’re just simply afraid to show their real faces.

RT: Yeah. I mean if the only way to make yourself look believable onstage is to paint your face, then there is some work to be done, also internally.

NK: You’re talking years of therapy. (They laugh.)

Shining / RAGEMAG

Niklas Kvarforth, by Jeanne Frank for RAGEMAG.

Talking about that, you once said that Shining was not a therapy for you, that it was all about force feeding your music to people. Aren’t you slightly dishonnest with yourself on that one?

“What did Goethe do for The Sufferings of Young Werther? He created a suicide wave throughout all of Europe. Do you think he was sitting thinking “oh my God, I’m hurting people! What is happening?” I don’t think so. I think he was jerking off every night.

NK: No. You should be on the bus with me afterwards. You should be with me at home. Every time I’ve done a show I hate myself ten times more. And sometimes it actually becomes a problem. Not only for me but for others. But of course that changes if you have a great night or whatever, it works out if there are enough good prostitutes for me and everything – I’m sorry, seriously I love whores, I’ve always done that. And that’s these small things in life which of course increases it. And if someone really feels bad in the audience, then that of course lifts the whole thing up. And people have a problem seeing that because they’ll say that I said that to be extreme. No, no, no. If you have a person feeling physically or mentally bad because of your music, then you have truly succeeded as an artist, whatever artists say. What do you think Goethe did for The Sorrows of Young Werther? It’s a very good example. He created a suicide wave, you know, throughout all of Europe. Do you think he was sitting thinking “oh my God, I’m hurting people! What is happening?” I don’t think so. I think he was jerking off every night.

That is what you’re aiming for?

NK: To hurt? Yes.

Does it seem to work?

NK: Sometimes. It did more in the past, but we are going to make a change. To make people feel truly uncomfortable about what’s coming. ‘Cause if we feel great onstage, the others feel uncomfortable. That’s the perfect…

RT: The perfect imbalance.

NK: Balance in chaos.

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Niklas Kvarforth, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

You always had problems with the music business, like recently with Redefining Darkness.

RT: Or the music business has problems with Shining? I don’t know.

NK: We’re cursed.

Where does it come from?

NK: Well maybe because we’re tired of taking bullshit from people who try to control what you’re doing artistically. When it comes to bigger labels for example, they’re coming and saying “yeah we can do this and that”, and they only do ten percents of it. Of course, you get angry, you know. People who just sit and say “yeah I have a problem with a record label.” Ah, you do? Everyone has a fucking problem with a record label, everyone has a problem with the industry. I mean the industry has a problem with itself, because it can barely survive. So I understand them as well. But still, if they fuck with my life, I will fuck with them.

In France – and in Europe –, Sweden is perceived by many as an ideal society. Do you agree with that?

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Shining, by Nicolas Prouillac for RAGEMAG.

RT: Ideal society? Wow… don’t let me answer that, man.

Come on…

RT: Please don’t let me answer that.

NK: Yeah! Do that.

RT: Whenever I go to Sweden, I feel fucking nauseated, because if that’s the direction where Finland is heading to, I don’t want to live there anymore. It’s fucking horrible, man. I hate the fact that we are slowly turning into these little countries of United States of America. I fucking hate that. But ideal… that’s just so… to me an ideal society would be to fucking take down the boards and go back to nature. (He laughs.)

NK: That would be nice. Alaska. Seriously, I wanna have a house in Alaska one day. You have to go with a private plane to be able to shop, that would be fantastic. Don’t have to deal with… I need another drink. (He leaves and goes to the bar.)

Maybe not an ideal society, but definitely a model.

RT: Well I’m pretty sure I’m on a way different page on that one. The less we have government regulations, the better I will feel about things. I don’t think people should be regulated in any way. That only leads to outbursts. It’s as if people wouldn’t know good from bad without any kind of guidance, or guiding lines or something like that. It makes me think that we are being taken for fools. That’s why I’m saying: back to the woods!

NK: Or, North Korea does the thing they shall do. (They laugh.)

How would you explain that such extreme music was born in Scandinavia?

NK: It was not born in Scandinavia, it was only perfected there. I mean, you can’t forget about what happened in Eastern Europe, like back in the days also with Master’s Hammer, Root… In the former Yugoslavia we had bands that they can’t even be talked about today, but they’re unknown. America… and fucking Britain: the new wave of british heavy metal, that’s where it really started, even though they were all pussies.

Yeah but I mean, it was a whole new level in Norway and in Sweden. Is there something there that…

“As I said, you take inspiration from everything. I think it’s very hard to make an album about exile if you’re sitting under the sun in Florida with a cocktail in your hand.”

NK: Frustrated kids who wanted to see the world burn.

RT: Oh yeah. And the churches along with the world.

NK: But what people have to keep in mind, is that those guys were also between 14 and 16 years old, you know. And when you’re that young, you have more fanaticism, which you never get when you’re older unless you’re a complete sociopath.

So there’s a link between the music you play and the society you live in?

NK: Yeah of course. As I said, you take inspiration from everything. I think it’s very hard to make an album about exile if you’re sitting under the sun in Florida with a cocktail in your hand. But “when it rains, it pours.”

RT: And there is all this kind of reversed influence. If you live in a good society, it doesn’t mean your music is going to flourish along with positive aspects of shit. It might be taken in a totally opposite way.

NK: Actually he’s more correct than I was earlier. What he’s saying is the right thing.

RT: See? We are a band.

NK: A couple of years ago I would have gotten angry and smashed a bowl into his face instead. (They laugh.) Cheers!

RT: Cheers, man!

NK: To North Korea.

So what’s next? Are you working on a new album?

NK: Yes.

Can you tell us…

NK: No. It’s going to be horrible.

Could you give a definition of Shining for those of our readers that don’t know the band?

NK: Shining is not a band, Shining is a diagnosis.

A musical trip to hell

With the interview over (Niklas couldn’t resist giving me a big hug), we go back to the packed out venue of the Nouveau Casino. The two bands that opened are hotting things up and the revelers are feverishly waiting in front of the stage for Shining, growling screams rising from all corners of the venue.

The lights go out and the cheers from the crowd are now being drowned out by the Wagnerian orchestral introduction that precedes the arrival of the band on stage. Grinding in after the intro, we hear the first razor-sharp bars of Människa, O’Avskyvärda Människa ( “Man, Oh Despicable Man”) from their seventh album, Född Förlorare (“Born Loser”); the tone is firmly set.

Shining’s music hasn’t lost any of its infectious darkness, alternating violent sections and melodic bridges with rare maestria, but the mood on stage is pretty…innocent. Not a drop of blood will be spilled tonight. Kvarforth, of course, not wanting to come across as a goody-two shoes, grabs a girl groupie by the hair and pulls her head back to spit his whiskey in her mouth – we can sense that he’s a bit more cheerful than usual. The brief homage to Guns N’ Roses’ Sweet Child O’ Mine, played by the two guitar players of the group, doesn’t squash that feeling either. The gig finishes up with a poignant rendition of For the God Below, a track that closes off the Swedes’ latest album Redefining Darkness, on a heavy note.

From their beginnings in 1996, the band has made ink and blood flow following their shocking stage antics, which Niklas adamantly states are never premeditated. If we ever doubted the genuineness of his statements, due to the significant impact that these acts have had on the reputation of the band, Shining have proven tonight that their engine remains musically driven – all the better for everyone.

 

Introduction, insider and live report translated in English by Vincent Naughton.

 

Black box

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À propos des auteurs

Nicolas Prouillac

Nicolas ProuillacRédacteur en chef adjoint (Culture) – Auteur et cinéphile, car « le cinéma est une illusion qui rachète toutes les autres », comme aurait pu l’écrire Cioran s’il n’avait pas passé son temps à écouter Bach.


Traduction



6 réponses à « Satan est la raison pour laquelle je me lève le matin » : entretien avec le groupe de metal Shining

  1. Yvan

    Ragemag de plus en plus putassier. On est loin des élans lyriques sur la common decency de Michéa. Notre époque est décidément vulgairement sadienne et on s’en réjouit. À gerber.

  2. PROUILLAC

    Excellent article et superbes photos!!
    Signé : Maman et Jo…
    PS : Jo rajoute “Satan n’existe pas parce que Dieu n’existe pas”.

  3. arkhamian

    Bien d’accord Yvan!

  4. Neposedy

    Y’a t’il plus de photos ou de vidéos ?

    • Nicolas Prouillac Nicolas Prouillac

      Bonsoir Neposedy,

      Non, l’essentiel des photos qu’on a prises ce soir-là figurent dans l’article, et nous n’avons pas réalisé de vidéos. En revanche, la fanpage Facebook du groupe en regorge !

  5. pffff

    Une vraie blague ce mec. C’est plus “black” que metal, on est bien loin de la grande époque du groupe, ce n’est plus qu’un groupe de vendu. Et ouais c’est très vendeur les mecs qui se coupent dans les baignoires … triste époque.

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