Stop INDECT : Anonymous lance l’appel du 28 juillet

Publié le 25 juillet 2012 | par Emma Dreyfus | 0

Rendez-vous est pris avec des membres d’anonymous, pour une rencontre virtuelle. Au cours de notre discussion IRC, chacun y est allé de son avis, son idée, il ne fallait pas perdre le fil. Très accueillants , ouverts, drôles, ils ont bien voulu nous donner plus d’informations sur INDECT, ce nouveau Big Brother… Et sur la manifestation organisée le 28 juillet, dans toutes les grandes villes d’Europe. Tout le monde peut les y rejoindre.

ACTA est mort. Vive INDECT ! Le 4 juillet 2012, le parlement européen rejetait à 478 voix contre 39 (165 abstentions) le traité anticontrefaçon négocié en secret qui proposait entre autre d’harmoniser les outils de répression contre le téléchargement illégal. L’accord présentait des risques importants de dérives, et les opposants furent nombreux. Mais ACTA n’est pas vraiment mort, il ressuscite sous les traits du CETA (Canada Eu Trade Agreement), son clone.

Plus inquiétant, le projet INDECT (2009-2014) sort petit à petit de l’incognito. Anonymous continue son combat contre la mise en place d’un outil intelligent de surveillance permanente et plus largement pour une prise de conscience générale des citoyens. Rendez-vous le 28 juillet dans toutes les grandes villes européennes.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ». Cette citation de Benjamin Franklin m’a été soufflée par un membre d’Anonymous de l’opération StopINDECT rencontré comme d’autres sur le channel #INDECTFR des Anons.

Au nom de notre sacro-sainte sécurité, la commission européenne finance depuis 2009 le consortium INDECT chargé de mettre en place « un système intelligent d’information permettant l’observation, la recherche et la détection en vue d’assurer la sécurité des citoyens dans un environnement urbain » et dont le but est en fait « la détection automatique des menaces, des comportements anormaux ou de violence. »

Ce n’est pas au nom d’une théorie du complot fantaisiste, comme certains aimeraient nous faire croire, mais bien au nom des libertés individuelles et collectives, au nom de la démocratie qu’Anonymous donne rendez-vous dans les grandes villes européennes samedi 28 juillet pour faire entendre la Vox populi et mettre en échec la mise en place d’un méga système de surveillance intelligent. Non, ce n’est pas de la science-fiction, des documents officiels en ligne sur le site du projet  détaillent son architecture.

Big Brother is Watching You

« Indect saura où nous sommes, ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et ce que nous allons faire ensuite. Indect saura tout sur nos amis et notre lieu de travail. Indect jugera si nous nous comportons normalement ou de façon irrégulière. » Cet extrait d’un communiqué des Anonymous rappelle sans équivoque le terrible scénario imaginé par George Orwell dans 1984. Un scénario catastrophe que beaucoup imaginent encore impossible : nos élites ne pourraient pas, ne seraient pas capables de cautionner de telles atteintes à la vie privée.

Effectivement, – l’intelligent information systeme supporting observation, searching and detection for security of citizens in urban environnement – INDECT valide la mise en place d’ici 2014 d’un système de surveillance intelligent inédit dont les utilisateurs seraient la police, la gendarmerie et l’armée pour tout ce qui relève de la criminalité, du terrorisme et de la gestion des migrations. C’est donc pour protéger les citoyens européens de menaces, certes réelles, que nous assistons à un tel déploiement de moyens financiers (déjà 14 millions engloutis) et de cerveaux (originaires des universités de Grenoble, Madrid, Vienne, Wuppertal et York, Gdansk, Kosice, Ostrava et Poznan). L’intention est louable mais la pratique beaucoup moins. Est-ce bien raisonnable de laisser un tel pouvoir entre les mains des services de police ? Qui peut affirmer que jamais des personnes mal intentionnées n’auront accès à ces informations ?

L’œil de Sauron veille

Si peu d’informations précises ont circulé concernant le programme INDECT, le site officiel du consortium met à disposition des pdf détaillant chaque sous-système de surveillance, on-line et off-line et des rapports du comité d’éthique dirigé par Drew Harris du département de police d’Irlande du nord. Celui-ci composé de 3 policiers, 2 chercheurs en technologie de la sécurité, 1 professeur spécialisé dans l’interaction homme-machine, 1 représentant de l’industrie des médias, 1 professeur de droit, 1 avocat des droits de l’homme et 1 professeur d’éthique, a confirmé qu’il n’y avait aucun manquement à l’éthique…

Sans plonger dans la paranoïa de comptoir, la lecture de certains de ces documents sur les surveillances dans l’espace public (via la télésurveillance, la géolocalisation, la reconnaissance faciale et biométrique, des capteurs chimiques et infrarouge, des drones de patrouille aérienne autonomes…) et sur internet (via une analyse ontologique des contenus des forums, des réseaux sociaux, des réseaux P2P, des sites web, des serveurs…), est de nature à éveiller quelques inquiétudes.

Le comité d’éthique souligne pour sa défense « tout ce qui transite par le réseau doit être crypté. Les protocoles d’encryptage connus et largement utilisés doivent être utilisés ici pour réduire le risque qu’une personne sans autorisation accède aux données. » Le problème est que toutes les données numériques, aussi secrètes et protégées soient-elles, peuvent devenir accessibles à qui s’en donne les moyens. Et le flou sur l’archivage de ces données reste entier.

Constituer une base de données tentaculaire ouvre ainsi la voie à un super-système de flicage : aujourd’hui, il existe quantité de moyens de traçage, mais ils ne sont pas connectés entre eux et n’agissent pas dans un ensemble aussi intégré. INDECT cherche à créer le lien, le super-espion. « Indect n’est qu’une mise en bouche au futur déploiement des puces RFID et ce n’est pas de la science fiction car elles fonctionnent déjà » déclare Anonymous. Si pour le moment INDECT n’a pas recours aux puces RFID, il n’est pas interdit de penser qu’après avoir constitué un tel système de fichage et de surveillance en temps réel d’objets mobiles, l’ultime marche de l’édifice serait l’utilisation de nanopuces sur chaque citoyen. Pour l’instant nous nous contenterons de celui de votre passe navigo ou de votre téléphone…

« Anonymous est aujourd’hui une chance pour notre espèce et souhaite une évolution  positive de l’humanité »

Face à autant d’incertitudes, Anonymous entend lever le voile : « Nous ferons tout pour que les peuples de l’UE prennent conscience que son objectif n’est pas simplement la protection des citoyens mais qu’il dissimule bel et bien une menace grave contre nos droits fondamentaux. » Pour preuve, dans une vidéo du 13 juillet, M. Malacarne, le directeur par intérim de l’espace, de sécurité et de GEMS de l’UE, les invite à débattre « alors même que les vues de nos vidéos dénonçant INDECT ne se comptent encore qu’en dizaines de milliers. Cette démarche si précoce visant, avant tout à dédiaboliser le monstre informatique que nos gouvernements sont en train de créer au nom de la science et sous couvert de la protection des citoyens, amplifie très fortement nos craintes ». Après réflexion, une délégation Anonymous-operation-indect ne se rendra pas à Bruxelles. « Les idées ne prennent pas le train » a joliment dit l’un d’eux. Et puis, le train n’est pas défrayé.

Plus sérieusement, ce peut être aussi un traquenard, les Anonymous, étant considérés par les autorités comme des cybercriminels. Ils s’en défendent avec ardeurs : « On se bat contre tout ce qui est contraire aux intérêts fondamentaux de l’humanité et de notre planète. Nous voulons le bien, nous luttons pour la liberté de tous. » Médiatisée, l’idée Anonymous reste pourtant encore mal comprise. « Pensez-vous que nous soyons libres dans un monde où les élites ont les moyens de tout connaître des gens ? » est la question qui a conclu notre échange sur l’IRC. Et vous ?

 


Boîte noire:

Comment participer à l’op#INDECT et au rassemblement européen du 28 juillet c’est par-

Pour signer la pétition, c’est ici

Plus d’infos sur Stop INDECT, , ici, et

François Asselineau parle du scandaleux projet INDECT,

Un articl (en anglais dans le Telegraph), ici

un autre en Français,

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À propos de l'auteur

Emma Dreyfus

Emma Dreyfus"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamnée à la revivre" (K. Marx) alors ne restons pas dans la grotte ! Apprentie journaliste, passée dans les rangs de Science Po, depuis une dizaine d'année je vogue sur la planète culture d'une agence de presse d'un grand groupe de presse et butine dans des revues telle que Stradda qui ausculte les arts dans l'espace public.



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